Partager l'article ! Un autre regard : "J'étais moi, et aussi elle" par Hélène Schoumann: Il y a quelques jours, au sujet de la proposition présidentielle concern ...
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l'expression d'idées et de réflexions. Pour fructifier, les convictions doivent s'exprimer et s'échanger. C'est de leur partage que naîtra notre société de demain. A nous de la construire
par nos engagements, nos actions et nos bulletins de vote ! et nos rires aussi ... et souvent en musique !
Il y a quelques jours, au sujet de la proposition présidentielle concernant la mémoire de la Shoah, j'ouvrais ces pages à un
ami, Jiminy Criquet, celui que j'appelle gentiment "ma conscience", qui m'empêche parfois d'éprouver jusqu'à la tentation de mettre un sujet dans ma poche avec mon mouchoir par-dessus
en attendant que ça se passe ...
Ca se passait là.
Il a souhaité ajouter à ce sujet la contribution d'Hélène Schoumann, dans Libération, le 18 février dernier.
La voilà :
Monsieur le Président, Je m'appelle Hélène. J'ai 49 ans, mais j'ai aussi 10 ans.
C'est l'âge qu'avait la fille de mon grand-père quand elle a été arrêtée à son domicile parisien, au 77, rue de Charonne, le 16 juillet 1942, et déportée, le 16 septembre de la même année, dans
le convoi n° 33. Vous pouvez voir sa photo en pleine page dans le Mémorial des enfants juifs déportés de France (Serge Klarsfeld, p. 651). Elle a rejoint le million et demi d'enfants juifs
assassinés par les nazis et cela avec la complicité de la police française du gouvernement de Vichy.
Cette autre Hélène m'a accompagnée toute ma vie et en particulier dans mon enfance. J'étais moi, mais aussi elle. J'ai essayé d'imaginer son dramatique parcours quand mon grand-père l'a perdue
dans le Vélodrome d'hiver.
Oui, je l'ai suivie jusqu'à son dernier voyage au coeur des flammes d'Auschwitz, je n¹avais pas le choix, j'étais captive de cette autre Hélène, je la voyais à chaque instant dans le regard de
mon grand-père qui m'a élevée. Alors je vous le dis, Monsieur le Président, n'infligez pas cela à un autre enfant dont ce n'est pas l'histoire. Je vous l'écris simplement avec toute la force de
mon âme.
J'aurais tant voulu croire aux contes de fées, comme les autres, et non aux enfants cachés dans les caves parce qu¹ils étaient juifs. Ne peuplez pas leurs nuits d'horribles cauchemars. Ne leur
infligez pas le calvaire de la culpabilité pour une existence qui ne les concerne en rien. Ne les marquez pas, comme je l'ai été par cette étoile jaune oe indélébile que je porte encore dans mon
coeur. Ne tatouez pas leur bras d'un numéro vert. Et surtout laissez ces enfants déportés en paix, ne les faites pas revivre une seconde fois à travers d¹autres yeux qui ne les comprendront pas.
C'était ailleurs, il y a longtemps.
La mémoire de ces enfants n'est pas entre vos mains, Monsieur le Président.
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