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Je ne vous cachais pas mon inquiétude début avril, devant deux phénomènes nébuleux : la disparition totale des écrans de contrôle de Manuel Valls, et son arrivée, discrète et corrélative, dans un cénacle "royaliste" qui ne me semblait guère de bon augure ...

Et bien en fait, Manuel Valls, depuis tous ces mois, répondait aux questions de Claude Askolovitch pour les besoins d'un livre d'entretiens à paraître le 5 mai aux éditions Robert Laffont "Pour en finir avec le vieux socialisme ... et être enfin de gauche".

Autant dire qu'on n'a pas fini d'observer la renaissance du phoenix dans la presse ces prochains jours.

Avec une première salve dans Le Point de cette semaine. Est-ce un hasard s'il s'agit d'un hebdo "plutôt" de droite ? ...

Le titre de l'article est amusant; il enrichit un bestiaire socialiste déjà fourni, tout en permettant à Manuel Valls d'être le premier (voire le seul ?) à le porter : foin d'éléphants, de lions et autres lionceaux, place au "Tigre", puisqu'il délaisse maintenant la référence à Jaurès (il est vrai que maintenant que Jaurès a été chipé aux socialistes par Sarkozy, on ne sait plus à quel saint gauchiste se vouer), au profit de celle à Clemenceau ... et en cela, il innove carrément, il faut bien l'avouer !

Coup de génie que cette référence-là ! Elle révèle bien sûr l'immense orgueil de Manuel Valls mais je crois aussi l'envie et l'énergie qu'il est prêt à mettre pour être à sa hauteur ... , même si l'époque et les enjeux font qu'aucune comparaison raisonnable n'est possible. Je lui reconnais toutefois un panache certain, à cet homme politique prudent et matois, peu enclin aux fanfaronnades, dans ce choix-là, qu'on aurait peut-être davantage attendu sous forme de boutade d'un Montebourg ...

Non, là, venant de Manuel Valls, le crédit que je lui accorde encore m'a poussée à relire un ouvrage consacré au Tigre, à sa vie, à ses orientations, et je m'incline devant ce choix, qui colle finalement assez bien avec lui : une brouille durable avec les socialistes (notamment Jaurès ... on y revient !), un réseau tissé autour d'amitiés, de soutiens, de fraternisations auxquelles on ne peut (en tous cas pas moi) s'empêcher de penser en lisant la citation de Clemenceau à laquelle il souhaite ses référer dans ce premier article promotionnel "[Clemenceau se voyait plutôt dans le rôle du] modeste ouvrier des cathédrales, qui apporte obscurément sa pierre à l'édifice auguste qu'il ne verra jamais". Un patriotisme qui n'est jamais assimilable à un nationalisme. Une haute idée de lui-même et un certain mépris pour ses opposants. Une main de fer dans un gant de fer. Des appréciations à l'emporte-pièce dont il fera des devises, comme son "la guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des militaires" ... qui n'est pas sans faire penser à un  certain "Pour en finir avec le vieux socialisme ... et être enfin de gauche" ...

Avant de lire le recueil d'entretiens de Manuel Valls, que ressort-il de neuf de son discours ?

Loin d'une atténuation, d'un lissage de ses positions, que je redoutais à cause de son silence comme du peu de soutien qu'il recevait à la tête de son parti, Manuel Valls 2.0 revient toujours plus fort, toujours plus frappant !

Il accepte d'être qualifié de "Sarko de gauche" ... mais uniquement en ce qu'il souhaite faire au PS ce que Sarkozy a fait à l'UMP.

Il n'a pas vocation à être le supplétif de quiconque. [...] Pour Ségolène Royal : du respect. Ni alliance, ni allégeance.

Les municipales n'ont été gagnées par la gauche que sur le rejet de Sarkozy. Sans réelle mutation, toutes les prochaines échéances seront perdues.

Il y a nécessité à concilier la gauche avec la pensée libérale : travailler plus et plus longtemps, maîtriser l'immigration par un système de quotas par professions, les retraites ou la dépendance peuvent aussi être financées par l'épargne et le secteur privé, la sélection à l'entrée des universités empêcherait celle qui existe actuellement, celle par l'échec, l'assouplissement des règles du licenciement ira de pair avec une véritable sécurité sociale professionnelle, l'expérimentation en matière d'OGM doit être envisagée ...

Avec un tel programme, ce n'est pas demain qu'on dira à la tête du PS que Manuel Valls est encore de gauche.

D'ailleurs pour l'heure, seule son obstination absolue à le soutenir permet encore d'accréditer l'idée ...

Pourtant, s'il y avait là quelque chose à creuser, un courage à respecter, des soutiens à accorder, à un homme prêt à retrousser ses manches pour faire accepter ses idées au sein d'un parti si conservateur qu'il se réfère encore à un congrès datant de 1920 ...

Au delà, il avoue lui aussi être potentiellement présidentiable en 2012 ... mais il a encore du chemin à parcourir ...

En attendant, il est prêt à s'exprimer lors du prochain congrès pour tenter de convaincre, "pour fonder un courant de pensée, voire un courant politique au sein du PS" ...

Seule sottise absolue à mettre à son débit : "réinventer la protection sociale en France, c'est être de gauche !" ... et le CNR, c'était du poulet de gauche, aussi, et uniquement, de gauche ?

Aufait, pour en terminer ... Le cercle de la gauche disparue, pardon, le "Cercle 21, gauche et modernité", est-il toujours d'actualité, Monsieur Valls ?

A suivre ...


Pour un regard plus "politique" et peut-être plus incisif, le commentaire que j'ai laissé à ce propos sur le blog de Manuel Valls sous Interview au Point.
Lundi 28 avril 2008
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