Que lit-on dans ce regard qui attend le verdict du public ?
La prétention du bobo qui sait qu'il va gagner ?
La suffisance de celui qui aurait décidé que perdre était finalement plus "stylé", plus "rive-gauche" que de se laisser coller l'étiquette de Nouvelle Star ?
L'angoisse d'un candidat dont la vie risque de basculer, soit dans l'effervescence parce qu'il va gagner, soit dans la déprime parce qu'il va perdre ?
... Rien de tout cela.
Dans ce regard, le calme et la sérénité d'un garçon de 21 ans qui estime, quel que soit le résultat, qu'il a fait son chemin dans cette histoire, ne se fixant pas d'autre objectif, semaine après
semaine, que de tenir encore un prime supplémentaire pour avoir la chance de continuer à faire 24h/24h ce qu'il aime, de la musique, dans d'excellentes conditions qu'il envisage sans crainte.
Dans ce regard, de la fatigue aussi, et l'envie, comme il le dit lui-même "que le poids d'un building sur mes épaules" s'enlève.
Et ce regard est délibérément tourné vers l'avenir.
Le public a choisi Amandine, la chanteuse à voix polyvalente et tout terrain qui succède ainsi à une winneuse du même type, Myriam Abel. Les deux seules filles à avoir remporté la Nouvelle Star
depuis sa création voilà 6 ans.
Je lui souhaite la carrière dont elle rêve, entourée de bons compositeurs qui lui écriront des textes lui permettant de donner toute la mesure de sa puissance vocale et de sa perfection
technique.
Ce soir mon compte-rendu n'en sera pas un. Je vous ai donné les titres qu'Amandine devait interpréter dans un billet précédent. Je n'y reviendrai pas beaucoup. Pour moi elle ne s'est pas heurtée au
"mur" de Pink Floyd, mais l'a un peu "dalisé" (les montres molles). Elle a rendu un peu plus indigeste le Cali, en l'alourdissant de trop de crème. Et elle n'a pas fait du Queen sur du Queen, alors
qu'elle en aurait eu les capacités vocales. Je n'ai pas accroché à l'arrangement. Queen en a perdu son éclat. La soul ne lui va pas. Pardon Freddy ...
Non, ce soir je ne parlerai que de Benjamin, dont, dès les trois solos connus, alors que nous espérions encore qu'il pourrait chanter Summertime, nous pressentions que ce prime risquait de ne pas
être l'apothéose de la saison.
Je la jouerai moins "politiquement correct", mais c'est la fin de la saison, j'ai bien le droit de retirer ma veste et ma cravate !
C'est lui qui commence. C'est rarement le n° 1 qui gagne ...
Il ouvre la soirée avec un "medley" de James Brown ...
Incompréhensible programmation, qui lui fait pour la seconde fois chanter du James Brown mais, là, en finale, ne lui donne pas la possibilité de chanter une chanson entière. Seulement deux moitiés.
A-t-il été si difficile que cela de se décider pour l'un des deux standards du boss de la soul et du funk pour le programmateur musical de la saison ? ... Sex Machine, suivi de I feel
good. Le temps d'entrer sur scène, d'entrer dans la première moitié de la chanson, et Benjamin entame déjà la seconde, sur laquelle il est meilleur. Son jeu de scène s'améliore, son corps à corps
avec le micro particulièrement suggestif. Il est parfaitement juste, sur tout, montées, descentes, il a le souffle qu'il le faut. Parfait !
4 bleus saluent sa performance. Le célèbre "Waouhhh, c'est ça, la soul !" de Sinclair s'abat sur lui, Philippe le félicite pour n'avoir pas essayé d'égaler le maître dans son registre, et en avoir
fait une version plus "gainsbourienne" que "brownienne". DD a entendu beaucoup d'émotion et a senti un Benjamin tendu jusqu'aux larmes.
Benjamin reconnaît qu'il était difficile de passer après James Brown.
Ensuite, le moment de bravoure de sa soirée ... ça
partait mal, Virginie nous le présentait comme "ayant la trouille" ... il avait raison d'avoir la trouille, BenJ, parce qu'il n'a pas brillé ... mais sur Cali "Elle m'a dit", on s'en doutait un
peu. S'il avait des doutes, nous aussi ...
Il est faux sur tout le début, il oublie les paroles ... on se dit qu'il va s'arrêter là, poser son micro ... et puis non, la rage et la volonté lui reviennent, et il finit très bien ... mais pas
suffisamment pour faire oublier ses débuts calamiteux ...
2 bleus, 2 rouges. Lio lui dit "Tu voulais pas chanter ça, non ? ça se voyait" ... il acquiesce sans acquiescer ... DD lui a reproché de ne pas avoir suffisamment affronté le combat, de ne pas
s'être donné dans la chanson. Philippe souligne qu'il s'agit d'une chanson "pop", on sent que ça n'est pas sa tasse de thé, mais a trouvé l'interprétation "super", Benjamin a fait ce qu'il a pu ...
Sinclair lui pardonne ses galères du début parce qu'il a donné du coeur après. Bref, c'est gentil, à ce niveau de la compétition.
On sent très bien que le jury ne valide pas du tout ce choix de programmation et ne souhaite pas tenir rigueur à Benjamin d'une interprétation moyenne prévisible sur la mauvaise chanson donné au
mauvais bonhomme. Sciemment ? ...
Comme tout est bien qui finit pas trop mal, on en arrive
à la troisième prestation, sur "1, 2, 3, 4" de Feist. J'ai oublié de dire qu'il s'agit d'une soirée avec cuivres et choeurs : et bien trop de choeurs tue les choeurs ! A part ça, Benjamin a été
parfait, techniquement, pas de fausse note. Mais on a dû attendre la toute fin pour sentir arriver le swing, le groove, cet état de grâce que l'on a ressenti parfois en compagnie de Benjamin
... il aurait fallu que le morceau dure 10 minutes de vibes de plus, pour qu'on en profite vraiment ...
Nous avons eu également 3 duos.
Un premier particulièrement comique, très 25è degré, comme nous en avons eus depuis quelques primes, sur Paroles Paroles, de Dalida. Une Amandine couchée sur une peau de bête et un Benjamin
conquérant, veste d'intérieur écarlate, qui en défait lascivement le ceinture, avant de se pencher pour ramasser une Amandine toute chamboulée ... le coup du pschitt dans la bouche était top, le
concept veste de smoking sur jean très class, et le tango casse-gueule de la fin très drôle. Par contre, question, chanson, pas grand chose à dire. J'ai juste regretté que Cédric ne vienne pas
derrière faire la danse du playmobil, comme BenJ l'avait fait la semaine passée ...
Une deuxième duo prometteur ... qui n'a pas tenu ses promesses, sur "Respect" d'Aretha Franklin ... enfin il ne les a pas tenues pour tous les candidats, puisque Benjamin n'était là que pour servir
de faire-valoir à Amandine ...
Le troisième était plus intéressant puisqu'il s'agissait de "C'est vraiment toi" de Téléphone. On avait déjà entendu BenJ sur du Jean-Louis Aubert, sa voix colle parfaitement. Il était vocalement
parfait mais c'est Amandine qui faisait le show.
Verdict sans surprise à l'issue de cette soirée.
Et la certitude qui monte pendant deux heures : on a beaucoup mis en avant Benjamin pendant toutes ces semaines, victimisant un peu les autres candidats, y compris Amandine, que la programmation
musicale faisait parfois passer par des trous de souris improbables, pour arriver, lors de la finale, à le lâcher et à promouvoir une logique victoire de la "working girl" qui chante de la bonne
musique de consensus. Comme l'a dit si "impoliment" Ycare après le verdict : "C'est la variété qui a gagné ce soir". C'est sûrement celle qui rassemble le plus grand nombre.
Benjamin pouvait gagner cette saison, il en aurait tiré avantage, comme tout gagnant de ce télé-crochet qui sait la jouer intelligemment, et ce n'est pas cette faculté qui lui fait défaut.
Il ne l'a pas gagnée.
Pour autant, si c'est pour lui la fin d'une aventure, c'est aussi le début de sa carrière musicale.
Benjamin Siksou est entré dans nos vies, dans nos oreilles, dans nos coeurs.
Il a apporté à des dizaines de milliers de personnes un son qu'elles ne connaissaient pas, et qu'elles ont appris à apprécier. D'autres y sont restées insensibles ... ce n'est pas bien grave, ceux
qu'il a concquis lui resteront fidèles. Benjamin a déjà trouvé son public, celui qui lui manquait quand ses seuls espaces d'expression étaient son MySpace et quelques scènes plus ou moins
confidentielles. Des professionnels l'ont remarqué. Il est l'objet de sollicitations. Il fera le bon choix, je lui fais confiance.
S'il avait remporté cette victoire, on l'aurait pendant des mois, c'est vrai, accusé d'avoir été pistonné pour en arriver là, c'est le refrain que nous avons entendu un peu partout depuis 3 mois.
On aurait contesté la légitimité de sa victoire sur ce fondement, et on l'aurait accusé d'avoir volé à une fille méritante une victoire dont il n'aurait pas eu besoin.
Finalement, ses preuves, il les fera seul, et c'est aussi bien. Je n'aurais simplement pas souhaité qu'il se dise qu'il ne voulait pas se battre et mésestimait ce combat, parce que ça, ça
aurait singulièrement manqué de dignité.
De la dignité, du soulagement et de l'empathie, il en aura montré pendant toutes les minutes qui auront suivi le verdict. Il se sera exprimé sans problème, expliquant son ressenti, sans peine, sans
autre émotion que la joie de voir s'ouvrir une nouvelle voie devant lui.
Que demander de plus ?
J'ai bien quelques suggestions pour toi, Benjamin :
- du travail, beaucoup de travil, pour permettre à ton sens inné du groove de s'exprimer plus librement et plus souvent ... mais j'ai déjà pu entendre que lorsque tu chantais tes propres
compositions, ça venait tout seul. Toutefois, ne te laisse pas aller sur le chemin de la facilité, en évitant sciemment ce qui te poserait problème. Alors bosse !
- de la volonté, la rage d'aller au bout, vraiment ! le courage de bosser, de tout donner ! C'est en toi que tu dois le trouver. C'est à ce prix que tu atteindras l'excellence.
- et enfin fais-toi confiance autant que nous, nous le faisons !
A bientôt, j'en suis certaine.
Jeudi 12 juin 2008
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