Partager l'article ! Camille ... moi ... et quelques autres !: Version élargie pour ceux qui l'auraient lu en avant-première hier soir ! (édition définitive - ...
Vous faire partager mes pensées et mes idéaux, à vous qui m'entourez, de près ou de loin. Ici
l'expression d'idées et de réflexions. Pour fructifier, les convictions doivent s'exprimer et s'échanger. C'est de leur partage que naîtra notre société de demain. A nous de la construire
par nos engagements, nos actions et nos bulletins de vote ! et nos rires aussi ... et souvent en musique !
Version élargie pour ceux qui l'auraient lu
en avant-première hier soir ! (édition définitive -normalement !- : 10h40 !)
Une balle de ping pong, une nuée de bulles de savon, le son puissant d'une cloche de Notre Dame si on se trouve dans le clocher et qu'elle résonne dans tout notre
corps ...
Voilà ce que l'on ressent lors d'un concert de Camille.
Expérience physique, viscérale, émotionnelle difficile à décrire, en tous cas inoubliable et génératrice d'une joie profonde et d'une énergie incroyable ...
Qui n'a pas assisté à un spectacle de Camille en live ne peut comprendre ce dont je parle ... c'est donc un peu un défi que d'essayer de le faire malgré tout ... au moins vous donner envie
d'aller l'écouter et la voir !
Pourtant, Camille, je la connaissais "vocalement" depuis ses débuts puisqu'elle est une artiste "France Inter" depuis son premier album "Le Sac des Filles", dont la conception et la
production avaient fait l'objet de son mémoire de fin d'études à Sciences-Po Paris ... j'ai donc eu l'occasion de l'entendre depuis plusieurs années, et surtout sur son second opus, "Le fil"
dans lequel elle chantait notamment "Ta douleur", que tout le monde connaît ...
J'avais entendu 2 ou 3 titres de son nouvel album "Music Hole" ... il m'était même arrivé de l'apercevoir sur un plateau télé ... je trouvais ça sympa, original, mais bon ... voilà, quoi ... rien
de plus ... jusqu'à ce que je l'entende, il y a quelques jours, expliquer la conception de son spectacle, la façon dont elle avait dû convaincre les "musiciens" qui l'accompagnent que, justement,
ils n'auraient pas d'instrument, et devraient créer le son avec elle au moyen de ... leurs corps et quelques accessoires détournés de temps en temps ...
Elle passait chez moi hier (NDR : lundi 14 juillet), à Dunkerque, je m'y suis donc rendue, certaine que j'allais apprécier, mais jamais tant que cela n'a été le cas ! J'ai eu la chance, je crois,
de ne pas être ravagée par l'overdose de Camille qui a pu précéder ces dernières années, je l'ai un peu entendue, pas vue, donc je n'en ai pas assez, et je n'ai pas de préjugés. Elle venait de
faire un triomphe à Montreux, c'était aussi pour moi un vrai gage de qualité !
Dès les premières notes, c'est un embarquement dans un autre univers ... un peu comme si nous étions dans notre vie quotidienne des handicapés de l'émotion et de la compréhension première des
choses ... et que tout cela nous était d'un coup offert, révélé par le coup de baguette de la fée Camille ... Un peu comme si tout à coup on pouvait entendre ce qu'entendent les aveugles,
lire sur les lèvres comme les sourds et nous ouvrir à toutes sortes de sensations qui nous étaient jusqu'alors étrangères ... Camille développe toutes les acuités.
Camille, c'est la musique à l'état naturel, le rythme primaire ...
C'est une émotion pour moi comparable, et pourtant pour des raisons exactement inverses, à celle que pourrait procurer un repas chez Ferran Adria (El Bulli) par exemple, la découverte de la
cuisine moléculaire : comme on ne va pas prioritairement chez Ferran Adria pour "se nourrir", mais pour vivre une émotion artistique gastronomique, on va voir Camille non pas pour "écouter de la
musique" mais pour vivre une émotion artistique musicale. Dans le premier cas, cette émotion est le must de la sophistication, aucun élément n'est naturel, tout est travaillé, allié, alchimisé
... Dans le second, c'est l'art musical à l'état brut, extrêmement travaillé bien sûr, millimétré, mais c'est la production de sons harmonieux par l'emploi de ce que nous possédons tous et toutes
: notre corps.
Le spectacle est épuré, la performance de l'artiste réduite à
l'essentiel, déjà immense ... , mais le travail de mise en scène autour d'elle, par elle, et réalisé par ses compagnons de scène est époustouflant : la musique est là, présente,
partout, en tout, les sons, l'électro (dans le rappel), les percussions bien sûr, les cuivres ... et pourtant, un seul instrument sur scène : un piano, que l'on entend bien lui, et qui sert aussi
parfois de caisse de résonnance au pianiste qui se livre à une course folle autour de lui avec ses baguettes et qui en tire toutes sortes de sons ... tout le reste est produit par des hommes, des
femmes, leurs voix, et leurs corps, quelques objets ... Les hommes qui frappent en rythme le dos des femmes pour modifier les sons qui sortent de leur bouche, des sauts sur une estrade pour
marquer la rythmique, les mains frappées, les doigts claquées, les jambes, aussi ... des mains plongées dans un bac empli d'eau glougloutent ... des bouteilles remplies et secouées ... des
papiers journaux froissés devant un micro ... des fils de laine dévidés, une corde à sauter balancée d'un bout à l'autre de la scène ... et deux beat boxers de génie, Sly
Johnson, ancienne boîte à rythme humaine de Saïan Supa Crew, qui l'accompagne depuis quelques temps déjà, et Vincent Chtaibi. Deux "joueurs" de "body percussions", Martin Gamet
et Matthieu Eymard, qui chantent également; et deux chanteuses, Gisela Rannajatosa et Isabel Gonzales, qui participent également avec leur corps aux "body percussions". Et bien sûr, son comparse
depuis quelques années Matthew Ker, dit Madjiker, au clavier et à tout le reste, alternativement !
Elle met en scène des tableaux autour de ses chansons, et cela fonctionne admirablement; ses textes sont pleins de poésie et d'humour... un Philippe Katerine en jupons, plus intégré, plus épuré,
plus musicien ... elle réussit même l'exploit de permettre au public de participer à ce petit miracle ...
Il se retrouve à marquer le rythme en aboyant et en miaulant, sur Cats and Dogs, en criant sourdement des "obscénités" sur Too drunk to fuck, reprise d'un album précédent, en souriant au
texte habile de "Money note" et à son déchirant cri de fin : "ils me manquent le mark et le franc !" ...
Une vague soulève irrémédiablement la salle et l'entraîne devant la scène ... impossible de résister à l'appel de cette houle ... Camille est une sirène, même quand elle égraine le bulletin météo
à l'orée d'un de ses titres ...
Et pour poursuivre avec quelques uns les discussions entamées il y a quelques jours déjà autour du jazz, du blues, de la soul ... : Camille, elle chante quoi comme genre de musique
?
Sur la plupart des sites, elle est catégorisée "pop", parce qu'il est difficile de donner un nom précis à son style, les rythmes varient, et le fait qu'il y ait peu d'instruments
déroute ...
Que dit-elle, elle-même de son rapport à la musique ?
"La musique est un partage, elle a un sens collectif. Elle signifie faire la paix, communiquer. La musique nous dépasse et nous incite à nous dépasser. On peut raconter une histoire avec des
mots, bien sûr, mais aussi par les intonations, les textures sonores. L'énergie qui ressort de ce tout est plus importante que le sens littéral des mots. Depuis longtemps on recyle des rythmes
venus de l'extérieur, de l'étranger. Dans mon enfance, j'ai été influencée par Gainsbourg, Nougaro, Nino Ferrer, des musiques métissées ..." (propos tenus en interview à Montreux il y a 10 jours).
Pour moi, même si Camille n'est pas, à strictement parler, une représentante évidente de la musique jazz, elle s'y rapporte pourtant pleinement, correspondant à une définition traditionnelle de
ce genre musical, et en même temps lui redonnant une certaine modernité en ce qu'elle lui rend sa dimension "corporelle" qui n'est pas toujours de mise dans un univers somme toute parfois assez
codifié. Cette définition, la voici :
"La musique jazz est un ensemble à la fois sonore et corporel. C'est la parodie, la gaieté, la fête, les joyeux échanges, elle caractérise la liberté de l'individu. Cependant elle exprime
aussi ; la douleur, l'oppression, elle est chargée de plaintes et de moqueries, d'ironie, de révolte et de revendications, elle ouvre le droit au solo, à l'improvisation et à la liberté
d'échanges.
Cette philosophie du jazz qui a façonné les grandes danses vernaculaires noires américaines a été reprise par la communauté blanche et diffusée dans le
monde entier."
Bien sûr la participation de Sly Johnson à son oeuvre lui offre une passerelle naturelle vers le monde de la soul.
De par son attachement à ce qu'elle appelle la "texture sonore" des mots, elle pourrait inviter Benjamin Siksou (encore et toujours lui, OUI, -c'est mon "fil rouge" de l'année-
d'ailleurs il la note dans ses influences !) à participer à quelques unes de ses futures créations, parce qu'il maîtrise instinctivement un scat qui serait de nature à permettre une
collaboration centrée sur le son et le rythme qui pourrait être franchement chouette ... (même s'il lui faudra beaucoup travailler pour être en mesure éventuellement de se passer totalement d'un
support instrumental).
Quelques conseils "avant concert": si possible, n'allez pas la voir en plein air, mais en salle, et en
petite salle, même (1000 - 2000 personnes) ou bien équipées d'écrans géants, car le spectacle est très visuel, et ce serait dommage de se contenter du son !
De retour dans le Nord le 12 novembre au Sébasto à Lille
A Paris au Zénith le 25 novembre.
Toutes les dates sur son MySpace
Quelques vidéos, glanées ici ou là :
Cats and Dogs
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