Déjà plusieurs fois que je vous parle d'Abd Al Malik (ici, là et sûrement
d'autres occasions, par petites touches).
Et je ne suis pas prête de m'arrêter.
Sûrement un des artistes qui me touche le plus, alors qu'il évolue dans un univers musical qui ne m'était pas proche au départ, mais qu'il m'a fait découvrir et apprécier, puis approfondir. Des
horizons nouveaux qu'il m'a présentés.
La musique évolue, la façon de mettre les mots en notes ... Mais quand le fond est là, toujours là, comme chez lui, c'est le tout qui importe. Nouvelles sensations. Nouvelles connaissances.
Nouveaux éblouissements.
Tout fait sens, chez Abd Al Malik, il ne s'exprime jamais pour le simple plaisir d'aligner des mots ou des sons.
Ses références : les philosophes de la déconstruction, Deleuze, Dérida, Foucault : tout démonter pour tout comprendre, ne s'arrêter sur aucun préjugé, sur aucune apparence (sûrement ma philosophie de la vie, à moi ...); l'islam, également, mais en veillant scrupuleusement à ce qu'être musulman ne
devienne en aucun cas un acte politique (à ce titre, dans son précédent album, "Gibraltar", sorti en 2006, il avait consacré un titre, à Tarik Ramadan, sans jamais le nommer, indiquant
que pour lui il représentait un véritable danger, car l'islam devait être et rester une simple spiritualité personnelle); et encore et toujours Jacques Brel, que son épouse lui avait fait
connaître, un des chocs de sa vie, qui l'amena à travailler avec Gérard Jouannest (l'époux de Juliette Gréco, grand colloborateur de Jacques Brel) et Marcel Azzola, son accordéoniste. Abd Al Malik
considérait d'ailleurs son album "Gibraltar" comme un hommage entier à Jacques Brel.
Se faire une idée de l'univers de cet artiste, c'est tout simplement lire ses mots, en exergue à son nouvel album "Dante" :
"Il y a quelques albums maintenant (deux exactement) que j’ai décidé de sortir de ma caverne, que j’ai décidé de sortir le Rap de sa
réserve. Mais n’y voyez en cela aucune prétention, plutôt une détermination sans faille à porter haut et de manière totalement décomplexée l’étendard d’une certaine idée de la culture française, de
la culture populaire. Je m’explique. De mon point de vue le fait d’être populaire consiste à se sentir solidaire d’un peuple (du peuple français) dans toute sa complexité. Etre populaire c’est
comprendre fondamentalement que nous sommes tous complémentaire. Chacun dans sa fonction propre, tous utiles comme les doigts différents d’une même main. Qu’est-ce que la culture finalement si ce
n’est le moyen de saisir essentiellement notre patrimoine extérieur (littéraire, philosophique, social, politique etc…) pour mieux se connecter à notre propre patrimoine intérieur par les
différentes expériences d’émotion que procure l’art d’une façon générale.
Et si notre rapport à l’art détermine notre être au monde, j’ai pour ambition en tant qu’artiste de faire comme nombre de mes prédécesseurs et héros, que l’apaisement soit le résultat de ma
démarche. Dante fut l’un de ceux-là aussi. Il a bouleversé en son temps d’une façon monumentale l’art et la culture occidentale en initiant ce cheminement. En rendant, par le fond et la forme d’une
œuvre magistrale, accessible à chacun tout un savoir, toute une sensibilité qui était jusque la réservé à une certaine élite. A bien réfléchir c’est ce chemin que je foule depuis mon premier album
solo, que j’essaie en toute humilité de redéfinir la Pop culture.
Je m’appelle Abd Al Malik, je suis rappeur et mon nouvel album s’intitule Dante."
Abd Al Malik, ce sont des mots, simples, qui rappellent qu'ils sont suffisants pour exprimer toute la vie, toute l'humanité. Ses mots parlent à tout le monde, quel que soit le
niveau d'éducation, l'origine. Et c'est en cela aussi qu'ils sont grands et qu'ils me touchent. J'aime qu'Abd Al Malik, d'origine congolaise, soit français. Il est mon frère, identique à moi. Il
appartient à mon peuple. Et cette idée même, qui fonde son discours, qui est une récurrence dans tous ses albums, qu'il décline à l'infini au gré des titres qu'il enchaîne, est en soi une promesse
d'espoir en l'Homme, tout simplement. Abd Al Malik n'est pas un donneur de leçons, ou alors juste de leçons de vie ... De quoi d'autre a-t-on besoin ... ? Quelques mots de son premier single (à
découvrir ci-dessous) : "Quand t'insulte ce pays [ndr : la France], quand t'insulte ton pays, tu t'insultes toi-même" ...
Abd Al Malik est sans doute, avec Magid Cherfi (ancien de Zebda) l'un des rappeurs-slammeurs les plus talentueux, progressistes et réfléchis de sa génération. Un peu moins de poésie et un peu plus
de combat, peut-être, chez Cherfi (lire absolument "Le Cité des Lumières", excellent livre !), mais l'idée est là.
Découvrez le clip du premier single issu de Dante, "C'est du lourd", et relisez si vous le souhaitez dans les deux liens en début d'article les textes de deux de ses titres plus anciens qui m'avait
marquée, vous ne devriez pas regretter.
Dimanche 26 octobre 2008
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