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Un article du Jerusalem Post, Nathalie Blau, 21 janvier 2009 (à lire en suivant le lien dans son intégralité)

Toujours intéressant de voir "in situ" comment on est perçu depuis l'étranger.

"Un ami qui nous veut du bien.

Tout avait pourtant bien commencé. Juin 2007, Nicolas Sarkozy accédait à son rêve élyséen. Ce président de "sang mêlé" catalogué "candidat naturel des électeurs juifs" par Libération en décembre 2006, prenait la suite d'un Jacques Chirac qui, sous couvert du dogme gaulliste, n'avait jamais caché ses amitiés arabes.


Sarkozy était alors perçu comme le sauveur d'une communauté juive qui venait à peine de sortir la tête de plusieurs années d'actes antisémites, tout droits importés du conflit israélo-palestinien. Le chef de l'Etat français incarnait à nouveau cette France des droits de l'Homme qui défend le pauvre et l'opprimé et réconciliait les Juifs avec une République par qui ils considéraient avoir été abandonnés à la vindicte civile et musulmane.

En prenant possession du palais de l'Elysée, Sarkozy semblait dire aux Juifs de France, vous êtes ici chez vous. Même son de cloche en Israël, où Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, issu de la petite noblesse hongroise par son père et d'une famille de Juifs séfarades chassée d'Espagne puis installée à Salonique par sa mère, avait recueilli près de 95 % du vote francophone pour son mandat présidentiel. (...)

La France et l'Etat hébreu se réconcilient après de nombreuses années d'incompréhensions réciproques et de désaccords mutuels. Entre Paris et Jérusalem, le dialogue est renoué. Mieux. L'amitié renaît. Nicolas Sarkozy qui avait décliné l'invitation de Shimon Pérès aux festivités du soixantième anniversaire de l'Etat, s'était arrogé un voyage à lui tout seul. Il n'avait pu se rendre en Israël en mai, officiellement pour cause d'emploi du temps trop chargé. (...)


Un mois après le retentissant discours du président américain qui avait assuré Israël du soutien de 300 millions d'Américains en cas de conflit, Sarkozy voulait lui aussi faire résonner l'hémicycle parlementaire israélien de ses inflexions.

Mais l'effet ne sera pas celui escompté. Tout émus à ces retrouvailles franco-israéliennes et au charme de la belle Carla, les observateurs noteront d'une oreille distraite les déclarations de Sarkozy à la Knesset.

Le ton était pourtant donné : ami, certes, il était, mais président français il demeurait. Et si quelques jours avant lui George Bush avait clairement exprimé sa chaleureuse affection et son soutien inconditionnel à Israël, Nicolas Sarkozy devait se contenter d'un discours dans la fidèle lignée des déclarations du Quai d'Orsay.

A savoir la nécessité d'un Etat palestinien et l'impératif pour les Israéliens, "de prendre des risques pour la paix, tout de suite". "Bien sûr qu'il faut être fort pour exister. Bien sûr qu'on ne peut pas céder devant le terrorisme", avait alors déclaré le chef de l'Etat français devant le Premier ministre Olmert, "mais en même temps, la paix ne se construit pas qu'avec la force. Elle se construit avec le dialogue et avec la main tendue. Ca demande beaucoup d'efforts, ça demande beaucoup de compréhension, ça demande d'oublier bien des souffrances. Et chaque fois qu'Israël a fait quelque chose d'encore plus grand, elle l'a fait en fait au nom de la paix et non pas au nom de la guerre".

Les francophones d'Israël s'attendaient à mieux. L'allocution du président français ne fera pas les gros titres des quotidiens israéliens comme celle de son homologue américain. Teintée d'un goût aigre-doux, sa prestation d'amitié retombera vite comme un soufflet. (...)


La politique du deux poids une mesure, généralement adoptée par les observateurs internationaux. Jérusalem s'offusque. Sarkozy vient pourtant simplement de rappeler une évidence. L'amitié entre Israël et la France a ses limites.

Car aussi profonde que soit l'empathie de l'actuel maître de l'Elysée pour le sort de l'Etat hébreu et de ses habitants, elle ne doit pas heurter l'opinion arabe. Et encore moins la communauté musulmane française. Aux commandes d'une France bigarrée prête à s'embraser en réaction à un conflit auquel elle n'est en rien concernée, Sarkozy ne dispose que d'une marge de manœuvre très limité. Pour garder le calme dans l'hexagone, il doit tempérer. Ménager la chèvre et le chou. Un point partout, la balle au centre. (...)


Mais qui peut se permettre aujourd'hui de soutenir ouvertement Israël dans sa lutte pour sa survie, sans prendre le risque de se démarquer d'une communauté internationale, qui, envahie par les images de mort et de souffrance des habitants de Gaza en oublie les années de cauchemar des résidents israéliens ? (...)


Jerusalem Post. : Quel rôle joue le Quai d'Orsay ? Diriez-vous qu'il a une sensibilité pro-arabe comme cela lui est souvent reproché ?
Tsilla Herschco : Oui, sans aucun doute. Le Quai d'Orsay a pour principal objectif de défendre les intérêts de la France au sein du monde arabe. Et cela, depuis la création d'Israël. Mais en même temps, il sait qu'il doit améliorer ses relations avec l'Etat juif puisqu'il est toujours dans sa logique de tenir le mieux possible son rôle de médiateur. Sans oublier que Paris et Jérusalem ont les mêmes préoccupations : l'Iran, la lutte contre le terrorisme. Et des intérêts communs : des avancées technologiques, de riches relations économiques, et le développement de la francophonie en Israël, puisque le pays jouit d'une communauté francophone importante. Donc le Quai d'Orsay se doit d'avoir des liens avec Israël. (...)

J.P. : Pensez-vous qu'e Nicolas Sarkozy ait la stature pour parvenir à la paix entre Israël et les Palestiniens ?
T.H. : Disons qu'il fait preuve d'un grand dynamisme. Son mode de gestion est particulièrement énergique. Il est également doté d'un grand charisme. Il dispose en outre, avec le Quai d'Orsay, d'un outil diplomatique efficace et puissant, de fonds importants et d'un personnel nombreux . Et tout cela sert ses objectifs. Il ne faut pas oublier non plus que la France est membre du Conseil de sécurité des Nations unies dont elle assume actuellement la présidence. Et ce rôle aussi peut être utile au président français. Globalement, les initiatives françaises ont toujours été positives pour Israël. Mais Paris et plus récemment le président Sarkozy fonctionnent parfois comme s'ils étaient déconnectés des réalités du terrain. La France veut un Etat palestinien. Mais c'est aux Palestiniens de prouver qu'ils veulent un Etat indépendant fort de ses propres institutions, de sa propre économie et capable d'enrayer la terreur. Sans tout cela, la belle vision française de deux Etats vivant en paix côte-à-côte ne pourra pas se réaliser.

.P. : Quel rôle joue le Quai d'Orsay ? Diriez-vous qu'il a une sensibilité pro-arabe comme cela lui est souvent reproché ?
T.H. : Oui, sans aucun doute. Le Quai d'Orsay a pour principal objectif de défendre les intérêts de la France au sein du monde arabe. Et cela, depuis la création d'Israël. Mais en même temps, il sait qu'il doit améliorer ses relations avec l'Etat juif puisqu'il est toujours dans sa logique de tenir le mieux possible son rôle de médiateur. Sans oublier que Paris et Jérusalem ont les mêmes préoccupations : l'Iran, la lutte contre le terrorisme. Et des intérêts communs : des avancées technologiques, de riches relations économiques, et le développement de la francophonie en Israël, puisque le pays jouit d'une communauté francophone importante. Donc le Quai d'Orsay se doit d'avoir des liens avec Israël. (...)

J.P. : Donc aujourd'hui, l'Europe a repris à son compte la position française, même si la République tchèque a repris les rennes ? L'influence de Paris va-t-elle perdurer ?
T.H. : Je pense que la France va continuer à influencer la politique européenne car la République tchèque ne bénéficie pas des mêmes outils, du même apparatus diplomatique que Paris. Et puis son président, Vaclav Klaus, est un euro-sceptique. La Tchéquie n'a toujours pas ratifié le traité de Lisbonne et elle ne le fera peut-être pas. La situation est donc absurde.
La France va continuer à être très présente, en particulier pour tout ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, qui reste très complexe.

J.P. : Quel regard portez-vous sur le projet d'Union méditerranéenne de Nicolas Sarkozy ?
T.H. : Il ne pourra porter ses fruits qu'à très, très long terme. Il ne faut pas avoir trop d'attentes. Comme c'est d'ailleurs le cas pour le processus de Barcelone. Tant que le terrorisme existe, tant que l'Iran a un pouvoir dans la région et soutient des organisations terroristes, tant que l'axe Iran-Syrie-Hamas-Hezbollah existe, il n'y aura pas de possibilité pour que la vision d'une union méditerranéenne débouche sur une réalité de coopération régionale. Hormis peut-être quelques petits projets. On vient d'ailleurs d'en avoir la preuve avec ce qui se passe à Gaza.

Dès le début des opérations militaires israéliennes, toutes les populations du contour méditerranéen se sont unies contre Israël. Donc tant qu'il existera la possibilité d'une guerre entre Israël et des organisations terroristes qui veulent anéantir l'Etat juif et que l'opinion arabe est unie contre Israël, je ne vois pas comment une Union méditerranéenne pourrait prendre forme. Le seul atout dont nous disposons, ce sont les liens avec les pays arabes modérés qui comprennent que les organisations islamistes extrémistes les mettent en danger. Il faut donc faire fructifier cette collaboration.

Le Dr Tsilla Hershco enseigne au Centre d'Etudes stratégiques Begin-Sadat (BESA) de l'université Bar-Ilan. Elle est spécialiste des relations franco-israéliennes. "





Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 09:23
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