De Charles Dantzig, mon nouveau meilleur ami ...
Liste de la vie
La vie fait rage.
Tous ceux qui font quelque chose de leur vie, les grands artistes, les grands hommes d'Etat, le font par contestation de la vie. La vie est informe et ils cherchent à lui donner une forme en
malaxant sa matière ou son esprit. On peut considérer que l'art s'oppose à la vie en ce qu'il tente de lui donner une forme, tandis que la politique serait assez une manière de crier
très fort : "A droite !", "A gauche !", après que la voiture a déjà tourné. La vie est l'accessoire qui combat l'essentiel.
(...)
Une grande partie de notre réalité, c'est notre rêve. Les meilleurs réussissent à faire coïncider la vie avec ce rêve. Leur vie en devient encore plus rêveuse. La vie est un songe, disait
Calderon. Les esprits pratiques avaient beau répliquer qu'il ne s'était jamais coincé le doigt dans la porte, je ne leur répondais pas que les songes peuvent faire mal eux aussi, et me répétais
cette phrase d'un autre dramaturge que j'ai dans la tête depuis l'adolescence : "We are such stuff as dreams are made on", nous sommes de l'étoffe dont nos rêves sont faits.
On ne guérit jamais.
Le souvenir est le baume de ceux pour qui la vie n'a pas été douce. Une fois que, avec sa capacité à blesser, elle s'est éloignée, ils aiment à se la remémorer.
Ne demandez jamais de réconfort.
(...)
Quelle tristesse, la vie. Il ne faut pas le lui dire.
Quelle allégresse, parfois.
La vie nous tuerait, si on la laissait faire.
Le mal est irrémédiable.
Le bien s'oublie.
(...)
La vie privée des gens m'ennuie. B... m'explique longuement sa femme, sa fille, ses maîtresses, etc ... Que répondre ? Je n'ai aucune expérience de la vie, moi ! Je l'ai voulu, afin d'éviter
d'autres blessures. Plus mon libéralisme naturel, on pourrait dire mon indifférence. Et pendant qu'il parle, désemparé, je me dis : Qu'il fasse ce qu'il veut, la vie privée, c'est ce avec quoi on
remplit les séries télévisées quand elles n'ont plus rien à dire.
Toute vie est un échec. Donc, aucune n'en est un.
Et, comme un dessert, à
nouveau, tiré de sa "liste de comme j'ai été
adoré adolescent" :
Mon adolescence a consisté à apprendre à ne pas espérer. A esquiver tout ce qui pouvait blesser,
aussi, et qui m'attaquait de toutes parts. A la fin, on apprend à ne pas vivre. J'ai tenu la vie à distance, elle y est restée. Maintenant que je suis plus ou moins réconcilié avec moi-même, elle
ne le sait pas. Elle a pris l'habitude de me voir loin. Quel travail il va falloir pour que je la persuade du contraire ! Serai-je mort ou vieux, c'est à peu près pareil, sans y être parvenu
?
Encyclopédie capricieuse du tout et du rien - janvier 2009 - Grasset
Mardi 17 février 2009
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