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Les élections européennes ...

Bien sûr, avec 60 % d'abstention, les victoires n'en sont pas tout à fait en terme de représentativité, mais en démocratie, comme en tout, les absents volontaires ont toujours tort, les abstentionnistes aussi, alors ...

Logique victoire de l'UMP qui a fait une campagne raisonnable et qui a su rassembler son camp.

Bayrou qui prouve sa nullité à chaque pas qu'il fait, a achevé de se ridiculiser à trois jours du scrutin  ...  si seulement il pouvait faire comme Jospin, et en tirer toutes les conséquences ...

Le PS, lui, n'a pas compris que face à l'UMP qui ne partait pas dans une campagne fanfaronne sur le nom de Sarkozy, il était inutile de placer le débat sur le terrain franco-français de l'antisarkozisme primaire, s'est pris la dérouillée attendue ... Mon seul regret : Benoît Hamon qui n'a pas été réélu ... Encore que si ça lui permet de revenir à la vie politique en France, ce serait plutôt une bonne chose, le PS a besoin de cette génération et de gens comme lui.

Quant à Europe Ecologie, elle doit à la fois beaucoup ET à Dany ET au PS qui a réussi à détourner de ses suffrages l'essentiel de sa jeune garde et de vieux tromblons post-68 qui se sont rappelé leurs vertes années ! Home et sa diffusion n'y sont pour rien. Bayrou y est pour une part, lui aussi, avec sa sortie inadmissible de jeudi soir, qui le place que le même plan du discours politicien que Le Pen et Dieudonné, c'est dire si ça vole haut au MoDem ...

Le PS et l'EE à quasi égalité, moi, j'aime bien.
Clairement l'addition des suffrages montre que la majorité des votants se situe hors de la droite conservatrice démocrate.
Mais le caractère très éclaté sur l'échiquier politique du mouvement écologiste me convient.
Et me permettrait d'y adhérer plus facilement si un véritable discours politique alternatif se dessinait au fil des années. Malheureusement, les seuls pays dans lesquels ils ont des partenaires gouvernementaux n'ont pas semblé particulièrement convaincus par leur parole, mais il n'est pas interdit d'espérer qu'ils puissent progresser.

On se dit surpris que la droite conservatrice gagne largement ces élections au plan européen, alors que la crise financière frappe tout le monde de plein fouet ...
Certes, mais le discours social-démocrate est tellement peu convainquant et peu innovant par rapport au discours conservateur et libéral, que les européens ont préféré l'expérience rassurante à l'amateurisme peu éclairé ... et quand on voit en France des socialistes se proclamer "libéraux" et fiers de l'être, comme Bertrand Delanoe, pas la peine de se demander pourquoi le peuple de gauche peut être déboussolé ...

Sur ce scrutin, et parce qu'il est le reflet d'un sacré paquet de déçus du socialisme, qui ne se sont pas tous abstenus, mais qui ont reporté leur voix sur Europe Ecologie, je vous propose de lire l'analyse et le sentiment d'un de mes commentateurs, qui a arrêté de bloguer voilà quelques mois, mais qui parcourt encore ces lignes de temps à autres et qui s'exprime sur d'autres sites. C'est Killcow, tout jeune étudiant de Sciences-Po, qui votait pour la première fois, ayant juste atteint la majorité, mais déjà ancien militant socialiste ... revenu de son parti ...


J'ai arrêté de bloguer depuis des mois parce que je n'avais plus rien à dire. Mais le résultat des européennes m'inspire quelques réflexions et anticipations qui, si elles valent ce qu'elles valent, me semblent assez originales par rapport à ce qu'on trouve dans les médias pour être partagées. Attention, c'est assez long.

Parlons donc d'abord, honneur au gagnant, du PPE. Large victoire dans tous les grands états (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni)... il n'y a qu'en Espagne que le PSE sauve les meubles. Le PPE sort clairement renforcé, Barroso peut dormir tranquille. L'Europe conservatrice (que je préfère à l'«Europe libérale» du PS, qui est un concept réducteur si on veut qualifier la politique de la droite européenne) en reprend donc pour 5 ans, avec les mêmes têtes et une majorité renforcée.

En cause ? Je ne peux que donner une appréciation franco-française du scrutin, mais il apparaît que la droite a mieux mobilisé son électorat : en témoigne le sondage tout récent montrant que les électeurs de l'UMP sont ceux qui se sont le plus intéressés à la campagne.

La campagne de l'UMP a été claire, nette et sans bavure : ils ont encensé la présidence française de l'UE et martelé leur refus d'adhésion de la Turquie. Bonne stratégie dans la mesure où la présidence française est un des points forts du bilan sarkozien. C'est finalement l'idée d'une Europe à la française qu'a porté l'UMP qui a très bien marché.

En cause enfin, la faiblesse de l'opposition social-démocrate. Le PSE se prend une dérouillée spectaculaire. En cause, d'une part, l'absence d'alternative viable portée. C'est bateau de dire ça, mais l'Europe sociale, je cherche encore ce que c'est. L'Europe libérale, ça a des airs de déjà vu, et ce n'est pas vendeur quand la droite organise des sommets du G20 et joue à fond la carte de la protection, réussissant ainsi à se dédouaner des effets d'une crise qu'elle a pourtant provoquée.

En France, le PS n'a pas réussi sa campagne (même si ça devient une habitude). L'angle d'attaque a été, à mon sens, mauvais. Oui, l'antisarkozisme primaire était une connerie dans la mesure où le principal intéressé ne s'est quasiment pas impliqué dans la campagne. Le PS aurait dû s'attaquer à la conception franco-centrée de l'Europe portée par la droite française, qui pourtant se targuait de ne parler que d'Europe. Porter une Europe multiculturelle et multinationale face à cela, là aurait peut-être été l'alternative.

En parallèle, puisque la droite parlait de fermeture face à la Turquie et à l'immigration, la gauche aurait dû critiquer cette fermeture d'esprit en proposant là encore une Europe multiculturelle et accueillante. Je note d'ailleurs que Martine Aubry m'a paru convaincante sur le seul dossier turc... dommage, il y avait peut-être quelque chose à jouer malgré l'impopularité de la Turquie dans l'UE.

Puisque nous parlons d'alternative viable, venons-en au troisième arrivé (et il s'en est fallu de peu qu'elle ne fût pas deuxième), la fameuse surprise qui a bien excité les journalistes, mes champions, la liste à laquelle je dois mon dépucelage électoral (j'aime bien cette métaphore) : Europe Ecologie.

Difficile d'être objectif, mais la montée de la liste est quand même spectaculaire. Partie d'une petite campagne sans prétention et à la pêche aux voix avant tout le monde, la campagne a été rondement menée. On est parti d'une critique de la couverture médiatique, classique mais bien calibrée (ce qui n'est pas toujours le cas), de l'Europe. Avec des médias qui parlent de l'Europe dans 2% de leurs sujets en temps normal (Arte exclue), il ne faut pas s'étonner du désamour des Français vis-à-vis de l'UE.

Puis le programme en lui-même : efficace, et surtout il ne parlait pas que d'écologie. Le volet économique et social était équilibré, la critique institutionnelle était pertinente... les écolos nous ont appris que l'écologie politique, ce n'est pas que se déplacer en vélo et faucher des champs OGM. Un programme innovant, un projet de société. La critique des adversaires était présente, mais pas omniprésente.

Ceux qui crient au complot médiatique affirmant que la diffusion de Home leur a apporté des voix se trompent selon moi ; je ne connais aucun électeur Europe Ecologie qui ait regardé. Preuve, je pense, que ce n'était pas par pure considération écologique que les Français ont voté en ce sens.

Et puis, car les Français ont besoin de personnes, Dany le Rouge s'est surpassé, sentant resurgir ses instincts de petit emmerdeur anarchiste sur les plateaux télé. Il a tutoyé tout le monde, coupé la parole juste ce qu'il faut, tombé la cravate... bref, sur la forme, il a fait du Besancenot. Et il a eu la chance d'être là le jour où Bayrou s'était levé du pied gauche.

Parlons-en, de Bayrou. Il a pris un sacré coup sur la tête. Devenu complètement paranoïaque, ramenant tout à Sarkozy et criant au complot à tort et à travers, il s'est torpillé dans cette joute oratoire qui l'a opposé à Dany «le pédophile». Et a entraîné avec lui Bennahmias, l'ancien Vert, qui a bien failli se retrouver au chômage. Bayrou n'a même pas fait campagne, il n'a cessé d'attaquer Sarkozy alors que le parti héritier de l'UDF avait pourtant de quoi faire une bonne campagne europénne de fond.

Jetons rapidement un coup d'oeil aux autres listes, qui me font penser que la proportionnelle est source de catastrophes. A gauche, le Front de gauche, qui a fait la campagne la plus dynamique que j'aie pu voir dans ma courte expérience politique, fait finalement une performance bienn décevante, n'offrant qu'un peu plus le spectacle de la division de la gauche. Je pense quand même que ce que Mélenchon a construit va durer, contrairement au Non de 2005, un peu plus que cette campagne européenne. Le NPA, lui, fait un petit score sans prétention et envoie un vote contre systématique au Parlement européen.

A droite, le FN envoie son bouledogue, sa grosse vache et son nounours à Strasbourg, après que la deuxième nommée a beuglé plus fort et plus faux que jamais. Libertas et DLR prennent une raclée, la proportionnelle octroyant quand même des responsabilités au Vicomte, qui nous a démontré qu'il était complètement fêlé.

Alors comme me l'a appris Ghevontian, après la campagne, les conséquences.

Barroso va tout d'abord rester en place, ce qu'il a dû fêter avec un verre de vin rosé coupé. Les conservateurs européens peuvent se frotter les mains, ils gagnent partout, sauf dans quelques pays sans importance (Danemark, Slovaquie...). A moins que n'émerge une grande force alternative dans les années à venir, j'ai peur qu'on en prenne pour vingt ans.

Autre enseignement : le rosé est coupé, et le Parti de la rose devrait l'être d'ici peu. Hamon doit maudire la règle de la parité et la première secrétaire qui a constitué les listes. Cette dernière doit être en train de se morfondre. Montebourg appelle à la constitution d'un nouveau parti.

D'ailleurs, cela ne m'étonnerait guère qu'on réentende Ségolène d'ici peu. Vous avez remarqué, on l'a pas vue depuis longtemps, Ségolène. Elle a senti le traquenard. Désirs d'Avenir se frotte les mains ; elle n'a plus qu'à dire quelque chose, qu'elle a toujours porté l'ordre juste écologique (vous noterez qu'il va être de bon ton de parler écologie, car les politiques n'ont pas compris que ce n'était pas ce qui a motivé le vote pour Europe Ecologie) et la fraternitude, et elle pourra engranger des soutiens. Le PS a pris une dérouillée, et ce n'est pas sa faute. Tout affaiblissement du PS qui ne lui soit pas directement imputable lui est bénéfique pour 2012.

Ensuite, le Front de gauche a, comme je l'ai déjà évoqué, un avenir en France, car il a mené une campagne très centrée sur la France d'une part ; d'autre part, il est mené par Mélenchon, et je ne pense pas que Marie-George conteste son leadership (son aventure présidentielle a dû la refroidir quelque peu). Un avenir pas radieux, mais un avenir qui devrait être d'annuler l'effet Besancenot, neutralisant par-là même environ 15% qui n'iront pas dans la poche du PS. De quoi faire s'inquiéter les socialistes.

Sur Europe Ecologie..... je le sens mal. J'ai peur que ce ne soit qu'un épiphénomène, comme les listes Pasqua en leur temps. En cause : les problèmes de leadership. France Ecologie ne gagnera pas une présidentielle, car qui pour la mener ? Cohn-Bendit, à qui Europe Ecologie doit sa victoire, ne veut pas en prendre la tête. Bové n'a pas été très bon ; il a d'ailleurs fait troisième dans sa région, avec un score en-deçà de la moyenne nationale. Je pressens Eva Joly, mais j'ai peur qu'elle ne puisse pas tenir seule un tel rassemblement du fait de son manque d'autorité. Et n'oublions pas que nous sommes chez les Verts, qui ont longtemps fait de la cuisine interne pire qu'au PS. Voynet, Mamère et Duflot risquent de ne pas l'entendre de cette oreille.

En tout cas, parce que ça commence à faire rudement long cet article, c'est une bien étrange élection, où j'ai le sentiment d'avoir à la fois gagné et perdu. Les écologistes seront plus nombreux au Parlement européen, mais pour quoi faire, puisque les conservateurs le sont encore plus ? En attendant les régionales, pour inaugurer ma première procuration, je suis bien content d'aller voir ailleurs, dans un pays où on ne verra pas Sarkozy, Barroso, Merkel et Berlusconi.
Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 13:44
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