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Tout d'abord le respect de l'esprit des institutions de la Vè République :

En effet, Nicolas Sarkozy réaffirme son attachement à la Constitution de 1958, et compte exercer le pouvoir dans son esprit : un Président fort, conformément à ce que les Français ont souhaité au moment de sa mise en place, doté d'un réel programme présidentiel, et non de projets à faire voter par le Parlement. C'est le Président qui impulsera la politique de la France, aidé du Gouvernement et du Parlement; et non comme il est d'usage depuis trop longtemps, un Président cantonné au plan interne au mieux dans la prise de position postérieure à la révélation des problèmes, et au plan international à faire entendre une voix de la France que rien ne vient relayer puisque la France s'affaiblit économiquement, socialement, politiquement; cet état de fait entraîne l'affaiblissement de la voix de la France à l'étranger. Elle ne fait que prouver son incapacité à agir sur son propre territoire pour son propre peuple.

Des aménagements constitutionnels seront nécessaires, en petit nombre, pour permettre l'exercice du pouvoir présidentiel et pour mettre certaines mesures en adéquation avec notre texte. La principale évolution pour les constitutionnalistes sera sans conteste la possibilité pour le Président de la République de rendre compte de son action devant le Parlement: sous quelle forme ? y aura-t-il possibilité d'une sanction du Parlement en cas de désaccord avec celle-ci ? J'en doute puisqu'il a indiqué que le Président n'était responsable que devant le peuple ... le serait-il devant ses représentants ? Le Parlement ne jouerait-il qu'un rôle consultatif ? La question me semble ouverte, mais même en cas de non-responsabilité présidentielle devant le Parlement, l'évolution est de taille.

Je la trouve conforme à l'esprit de la Vè République, dans la mesure où Nicolas Sarkozy a indiqué qu'il n'était pas favorable à l'utilisation massive de la procédure référendaire, cela instituerait malgré tout un "relais-sanction" ou un "relais-avis" vis-à-vis de l'action présidentielle.

Il resterait aussi à déterminer si ce qu'on considère comme étant du "domaine réservé" du Président, soit l'action internationale, relèverait de ce relais.

Des suites doctrinales intéressantes à observer.

Nicolas Sarkozy n'en dédaigne pas pour autant le Parlement :

Il compte l'associer au pouvoir de nomination du Président, qui sera donc encadré et amoindri au bénéfice de la représentation nationale; il lui confie un rôle (encore à déterminer précisément nous venons de le voir) dans l'appréciation de l'action présidentielle; et surtout, par une profonde modification du vote de la loi de finance (discutée par le seul Ministre des affaires financières chargé des comptes), il rendra au Parlement du temps et de l'énergie pour remplir sa mission constitutionnelle trop souvent délaissée : le contrôle de la mise en oeuvre des politiques publiques.

Ainsi le Parlement retrouvera-t-il tout son rôle.

Ensuite, j'adhère au principe de retour du rôle majeur de l'Etat central, au sein d'une France décentralisée, autour des 3 axes fondamentaux : 

--> l'éducation, placée en tout premier, ce n'est pas un hasard; les transports et les infrastructures. Ce sont des secteurs qui nécessitent des investissements très lourds et qui engagent durablement l'avenir d'un pays, ils doivent donc ressortir de la compétence première de l'Etat central.

En matière d'éducation, on voit à quel point la détermination des filières, le poids mis en terme de moyens pour favoriser les débouchés sur le marché du travail, le développement des établissements éducatifs, et l'affirmation d'une égalité des établissements entre eux est primordiale pour l'avenir de notre jeunesse, de même que la politique de formation professionnelle.

En ce qui concerne les transports et les infrastructures, ce sont des instruments d'aménagement du territoire qui sont primordiaux pour l'avenir : une entreprise ira-t-elle s'installer dans une zone enclavée, privée de moyens de transports routiers, de ferroutage ? Ce sont de plus des postes extrêmement coûteux. Il est bon que l'Etat participe à leur mise en oeuvre.

La décentralisation est une bonne chose, elle ramène le pouvoir et ses moyens plus au coeur du terrain, elle diminue les courroies de transmission dévoreuses de temps et d'argent, elle responsabilise le personnel politique et administratif. Mais elle doit aller de pair avec la mise en oeuvre des grandes orientations au niveau de l'Etat central. Il est bon que cela soit clairement réaffirmé.

Ce programme met en avant une nouvelle fois un principe gaulliste : rendre une éthique au capitalisme

Rappelons que de Gaulle avait la volonté de substituer au concept de lutte des classes celui d'association du capital et du travail, la volonté de permettre la participation des salariés. Le principe aurait pu être mis en oeuvre par Jacques Chaban-Delmas et Jacques Delors au sein de la "Nouvelle Société" dans une France de centre droit et de centre gauche rassemblée.

Nous vivons dans une société mondialisée, capitalistique et concurrentielle. Seuls les révolutionnaires utopistes pensent pouvoir faire sortir la France de ce système. Ce n'est pas mon cas. Mais pour autant, il est indispensable de rendre une éthique au capitalisme, et ce n'est pas impossible.

Ce programme met en avant une large participation du pouvoir syndical :

Je ne pense pas qu'il soit question de rendre la syndicalisation obligatoire, la liberté doit prévaloir. Mais si le rôle des syndicats est accru, si leur consultation est rendue, elle, obligatoire, de même que l'accès au plus proche d'un consensus, avant la prise de décision, et si les syndicats sont associés à la revalorisation salariale rendue quasi obligatoire, alors les salariés, comme dans les pays du nord de l'Europe, ou en Allemagne, plus près de nous, seront tout naturellement amenés à se syndiquer, car cela aura une réelle importance.

Le dialogue social, si difficile en France quand il est frontal, devrait y gagner en fluidité et en efficacité.

L'instauration d'une Sécurité Sociale Professionnelle ainsi définie dans le programme est un formidable moyen de rendre leur dignité première aux travailleurs licenciés.

La conservation de leur contrat de travail transféré au service public de l'emploi, outre je pense la continuation des droits qu'elle devrait entraîner, rendra leur dignité aux chômeurs. Attention toutefois à la définition de la "justification" pour refuser deux emplois successivement, et à qui sera confiée cette appréciation, de façon à ce que le principe d'égalité soit respecté.

Nicolas Sarkozy lui aussi prône pour "Plus forte, la France sera plus juste" !

A l'opposé du slogan royaliste: "Plus juste, la France sera plus forte", il met en avant que la création de la richesse permettra une meilleure solidarité. C'est là une différence majeure de vision, au-delà des simples mots du slogan, entre la vision de Ségolène Royal et celle de Nicolas Sarkozy. C'est cette vision qui fait de Madame Royal quelqu'un qui cherche à mettre un pansement sur une jambe de bois, et de Nicolas Sarkozy quelqu'un qui fait une greffe, ou qui change le membre et qui va réapprendre au malade à marcher !

Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /2007 15:33
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Par Emmanuelle Colombani - Partager     - Voir les 0 commentaires
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