Partager l'article ! Edmond Simeoni, à l'occasion du déplacement de Nicolas Sarkozy en Corse: Des propos courageux, parfois étranges, dans la bouche d'Edmond Sime ...
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Des propos courageux, parfois étranges, dans la bouche d'Edmond Simeoni, leader autonomiste (et non indépendantiste, pour les "ignorants") de la première heure.
Il dénonce une situation de blocage claire en Corse :
- des milliards dépensés pour les transports depuis 100 ans sans efficacité suffisante, dans le cadre de schémas d'aménagement du territoire et de voirie insuffisamment éclairés par les véritables nécessité du terrain socio-économique
- des millions distribués par Paris et Bruxelles pour une agriculture en quasi déserrance
- un contentieux électoral extraordinaire dans une démocratie, suscité au premier chef par les Corses eux-mêmes mais chapeauté par l'Etat, en charge des opérations électorales et de leur surveillance
et les exemples sont ainsi très nombreux ...
Dans une position courageuse et parfois iconoclaste dans la bouche de la mouvance nationaliste en général, le vieux sage déclare qu'il serait trop commode d'imputer à l'Etat, qu'il soit de Sarkozy ou de ses prédécesseurs, la responsabilité de cette situation. Il dénonce et tente d'expliquer sociologiquement "la grande complicité de la plupart des Corses dans l'état médiocre qui est le leur" (sic).
Ainsi, les Corses, par le système politique dont ils se sont dotés, que l'Etat a encouragé, et sous lequel ils sont vécu d'eux-mêmes quel que soit le pouvoir qui ait tenté de les "apprivoiser" au fil des siècles, les Corses donc, par leur comportement collectif, portent donc une lourde responsabilité. La dilapidation de l'argent public, acceptée bien volontiers sous forme de pensions indues, de passe-droits, ont constitué le fonds de commerce du clientélisme.
Son analyse sociologique s'affine pour définir l'importance de la "division" en Corse. Selon lui, la division est consubstantielle à l'histoire de la Corse. Les Corses, bien avant les Français, avec les Génois qui les ont envahis durant 700 ans, et avant eux avec les Romains, ont toujours cherché des protecteurs. Des protecteurs à qui ils ont demandé d'assurer la survie de la "famille" par des avantages dus et indus, la famille s'entendant au sens large de parentèle. Le "système corse" a été bâti pendant des millénaires sur la satisfaction d'intérêts individuels où la notion collective n'existe pas. D'ailleurs en Corse, encore aujourd'hui, la notion d'intérêt collectif, d'intérêt général a bien du mal à exister. Il y a un patchwork d'intérêts particuliers, ce qui explique selon Edmond Simeoni - et je précise que je cite là ses propres mots car ils m'ont surprise par leur virulence - que "la Corse est un pays immaîtrisable". "C'est un pays dans lequel il n'y a pas de facto de ligne directrice démocratiquement choisie". "La Corse est une société a-démocratique". "La Corse et l'Etat sont complices dans le fait de n'avoir pas imposé la démocratie aux Corses".
Son constat est dur, parfois empreint d'une certaine amertume. La Corse est une société archaïque, sans dynamisme intrinsèque.
Son espoir ? La violence s'amenuise parce qu'enfin les gens comprennent que les problèmes ont besoin, pour être résolus, d'autre chose : dialogue, outils, repères.
Le problème politique est selon lui la redéfinition du rapport entre le pouvoir central et la Corse, selon un mode contractuel, en respectant les intérêts légitimes de chacune des parties. L'Etat doit balayer devant sa porte, et faire son travail correctement, notamment en remettant à plat les champs de compétences du "secrétariat général aux affaires corses", structure parallèle qui de facto conçoit et exécute l'essentiel des programmes en Corse, sans concertation suffisante et sans que ces programmes soient fonction d'un plus vaste "but à atteindre", englobant tous les pans de l'économie et de la société.
Il rappelle enfin qu'avec une épargne de 7.5 milliards d'euros, des richesses naturelles considérables, le fait d'appartenir à l'Europe, une des régions les plus solvables au monde, et une population interne et extérieure, augmentée par les nombreux "amis de la Corse" susceptibles de se mobiliser, la Corse bénéficie de tous les atouts pour sortir de la médiocrité.
Pour autant que les Corses le souhaitent et que l'Etat, avec eux, soit réellement pour la première fois désireux d'en finir avec les mauvaises pratiques.
C'est le message qu'il souhaitait faire passer au Président Sarkozy en visite sur l'île cette semaine, et c'est l'écho qu'il voudrait y trouver dans les propos présidentiels.
Puisse-t-il être entendu.
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