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... oui, oui, oui, je sais, le titre de l'album de Benjamin Biolay, c'est "La superbe" ... Pas la peine de me dire "Manue t'as rien compris" ... Si, si, si, et je sais ce que je dis ... je sais ce que je ressens au moins ...

Déjà, ce serait pas mal que je vous dise pourquoi je l'ai écouté, cet album... 

Moi, BB, c'est pas mon truc à la base ... je l'ai découvert, comme un peu tout le monde, avec le Jardin d'hiver de Salvador, quand il travaillait avec Keren  Ann ... Là, c'était encore tout bleu entre nous, et puis ses excès auxquels je ne me suis pas intéressée ont assombri notre paysage. Ses propos sur la nouvelle scène française m'ont amusée, mais leur outrance a largement dépassé les bornes des limites ... Je n'ai pas d'amour inconsidéré pour Bénabar, Delerm et consorts, à qui je reproche surtout la faiblesse de leurs ritournelles... mais qu'il mette Sansévérino dans le même sac m'a agacée ... Sa polémique récurrente à propos de Christophe Willem via sa parolière Zazie, que j'ai découverte aujourd'hui, m'a fait rire, tellement elle est une pure saillie de l'esprit ... et tant, sur le fond, je ne suis pas loin de partager son avis, à Biolay, sûrement trop de monde autour de Willem qui gravite là surtout pour le fric, et sa voix et son talent méritent sûrement mieux, mais il se trouve que c'est lui qui choisit son entourage, alors tant qu'il ne change pas lui-même, tant pis ... 

Pour tout dire, moi, Biolay, c'était le Beigbeder de la musique, origines bourgeoises en moins, et c'était pas vraiment un compliment ... ;-)
 
Pourtant depuis la semaine dernière, sortie de La superbe, j'entends qu'on le compare à Gainsbourg (habituelle comparaison le concernant), à Daho en tant que repreneur de la scène pop française (ça m'interpelle au niveau du vécu de mon histoire avec Etienne !) et même à Bashung, et là, forcément, moi et mes 100 titres d'AB dans mon phone, on dresse l'oreille, et on se dit : mais de quoi qu'on cause, là ...

Alors j'ai demandé mon chemin à Monsieur Deezer (je ne suis pas contre l'investissement, mais pas à fonds perdus, je voudrais déjà être sûre de le réécouter, le Benjamin, avant de l'acheter ...), et je suis allée m'asseoir pour contempler La superbe de Monsieur Biolay, ou ce qu'il en reste, après ses ruptures et ses échecs ...

Sur cet album, l'avis quasi unanime est excellent, mais à part sur un titre qui rassemble tout le monde, Brandt Rapsody, sur tous les autres titres, je lis tout et son contraire. J'ai l'impression que Biolay, c'est l'auberge espagnole, on y trouve ce qu'on y apporte, ça parle différemment à chacun, du coup les mots fusent de tous côtés, et sont souvent contradictoires ... Je me suis surprise à m'écrier devant mon écran: "Mais c'est n'importe quoi cet avis, là, rien compris ce mec" ... et à taper du pied ... jusqu'à ce que je cesse, déroulant article après article, et m'apercevant que c'était chaque fois la même chose : un avis général partagé, mais jamais les mêmes remarques, titre par titre ...

Et ça, du coup, j'aime plutôt bien. C'est la marque que Benjamin, il nous parle, et qu'on l'écoute, en fonction de ce qui nous anime, l'écho n'est pas le même chez tout le monde ... Un tel trouvera ce titre mièvre quand l'autre le portera aux nues, et inversement ...

Allez vous faire une idée vous-mêmes, écoutez ...

J'ai lu beaucoup de compliments sur la facture musicale de l'album : pour moi c'est au contraire le point faible, je n'aime pas du tout ... Je trouve que le rap lui va assez mal au teint, surtout faussement électro-symphonique ... et il a beau dire que c'est la musique qui l'accompagne dans sa vie courante, j'ai assez envie de lui dire : "Et ben moi, Benjamin, j'aimerais bien porter des shorts avec des cuissardes, mais mon popotin arrière (Ashley Abbott copyright) ne me le permet pas, donc je passe mon tour, tu serais bien inspiré de t'éloigner 5 minutes du rap" ... Quant au reste, des débuts de morceaux souvent prometteurs, de l'électro-pop dans les attaques, on se dit :"tiens, ça part bien ..." et puis c'est un pétard mouillé, ça retombe vite fait bien fait ...

Par contre, assurément, quelques très beaux textes, souvent moyennement servis par une voix finalement assez quelconque, qui se cherche sans bien se trouver ... au point que c'est tantôt Gainsbourg, tantôt Bashung, mais que je peinerais à qualifier ce qui caractériserait la voix de Benjamin Biolay ...

Il n'a rien du dandysme raffiné d'Etienne Daho, rien ... Un vague compagnon d'armes, dans quelques uns de ses textes, mais en aucun cas un clône ...

Brandt Rapsody, la passion et son délitement sur post it, en duo avec Jeanne Cherhal, c'est vrai c'est un petit bijou de texte ... Toute l'histoire d'un couple, à coup de couteaux, en 4 minutes 44 ... Magnifique ... Même sa voix est splendide, à Biolay, là ... Il devrait écrire, ce garçon. Des livres.

Les deux titres que je préfère, paroles et musique, ce sont curieusement des titres que j'ai lus comme étant à considérer comme faisant partie des plus faibles de l'album ... Le titre le plus long, et le titre le plus court ...
Jaloux de tout, gainsbourien ... 

et surtout, le choc de l'album pour moi, parce que LA référence à Bashung : Toxicomanie (qui, à cause de la musique, peut aussi faire entrer dans l'univers de Chet Baker). J'ai lu qu'on trouvait Bashungien "Miss Catastrophe", que j'ai même vu comparé à "Madame Rêve" ... alors là, les bras m'en sont tombés, référence inique ... rien à voir ...

Par contre, pour moi, Toxicomanie, c'est Bashung revenu d'entre les morts. Il s'est glissé dans la tête de Benjamin, pour lui souffler ses paroles, et ses accents, et il la chante même avec sa voix, c'est incroyable, dès les premiers mots ...

C'est sa petite farce de l'année, à Alain, sa façon à lui de nous dire qu'il est toujours là, et qu'on a raison de ne pas l'oublier et de continuer à l'aimer et à l'écouter, parce qu'il continuera à nous parler, et à venir nous enchanter ...

La même façon de traiter les mots, de se jouer d'eux et non de jouer avec eux, de s'esquiver, un combat homme-mots/maux ... Priorité absolue à la sonorité du mot qui amène à la poésie ...

La chanson a un format 3', mais un très long instrumental, un texte finalement très court, comme si Biolay s'aventurait là où il n'aurait pas dû aller, et s'il en partait très doucement, à reculons, conscient qu'il n'est pas d'ici ...

Si ce n'est que pour ce titre-là, poussez la porte de Benjamin Biolay et rencontrez sa superbe ... Je n'en ai pas dit que du bien, c'est vrai qu'il énerve encore, mais il touche parfois le génie, et ça ne se trouve pas si souvent ...



Découvrez la playlist Benjamin Biolay avec Benjamin Biolay
Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 00:03
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