Chroniques d'une citoyenne ordinaire

Ceux qui me suivent depuis longtemps se souviendront que j'avais adoré mettre mon grain de sel lors de la Coupe du monde de rugby en 2007 au fil des articles de Maître Eolas ...

Et bien, la coupe du monde de 2007, on l'a perdue.
Le dernier tournoi des 6 Nations, aussi.
Les meilleurs clubs ne brillent pas en championnat.

[Alex-Criquet, pas la peine de me souffler dans l'oreille que Sarko aussi ça fait deux ans, et que là encore on a perdu : JE LE SAIS !]

Y aurait-il donc le feu dans la maison ovalie ?

Le nouveau Président de la Ligue, Pierre-Yves Revol, propose de pendre les problèmes en amont et de réformer le Top 14.

C'est aujourd'hui 7 mai que la Ligue nationale se réunit  en assemblée générale pour discuter des mesures de réforme décidées en Comité directeur début avril à Grenoble.

Réformer le Top 14, comment ?

En permettant notamment au rugby, même professionnalisé, de conserver les valeurs qui en font "un sport de brutes pratiqué par des gentlemen" : essentiellement une volonté de maintenir la morale financière en évitant les dérapages et les inégalités au moyen de "contraintes" telles que le "salary cap", en évitant la prise de contrôle des clubs par des intérêts financiers qui éloigneraient ces clubs des valeurs du sport, et en limitant autant que possible le montant des droits télévisuels, qui procurent un afflux financier massif, mais aussi fictif car il est susceptible d'entraîner la faillite si les télévisions décident de ne plus payer ...

Le salary cap, c'est quoi ? simplement la limitation de la masse salariale des clubs. Payer les joueurs, oui, puisque le rugby est devenu sport professionnel en France; mais éviter les abus et les sommes délirantes qui caractérisent par exemple certains joueurs de football. Ne jamais tomber dans cet excès, qui biaise les principes-mêmes du sport, et qui le rend profondément inégalitaire à l'échelon du territoire. 
L'harmonisation de la présence du rugby sur l'ensemble du territoire est à ce prix. La Ligue ne souhaiterait pas avoir 4 ou 5 très grands clubs, tout en haut (c'est déjà suffisamment le cas ...), et, très en dessous, une cohorte de petits clubs ayant du mal à survivre, ou dans des conditions de précarité liées à un mécénat volatile.
Parce que la pérennité d'un tel état de fait entraînerait une remise en cause fondamentale de l'image du rugby : seuls les joueurs de ces quelques très grands clubs seraient performants et pourraient aspirer à entrer en équipe de France, les autres devant se contenter d'un rugby "de seconde zone".

Un sport d'élite pour les riches, un sport de pauvres pour les autres, ce n'est pas l'image ni l'avenir que la Ligue souhaite à son sport.

Les opposants au salary cap mettent en avant son relatif échec en Angleterre, ainsi qu'une autre règle qu'il souhaiterait voir primer : la limitation de la masse salariale à 55% du budget, quel qu'il soit, point-barre.

Le président de Perpignan, Paul Goze, est moins formel : un salary cap, pourquoi pas ? mais pas trop restrictif. Il indique également que tout afflux supplémentaire d'argent dans le rugby ne devrait pas être consacré à l'achat de joueurs mais à l'amélioration des structures du rugby, la formation, les stades, la promotion de ce sport pour y attirer davantage de pratiquants.

La Ligue propose également de limiter par des quotas la présence de joueurs étrangers dans les clubs. C'est un pendant de la modération salariale dans la mesure où l'attrait de la France ne sera pas le même, de toutes façons. Et c'est aussi une volonté marquée de maintenir le rugby français dans sa tradition, y compris au moyen de la formation. Se contenter d'acheter des joueurs étrangers très cher, c'est autant de volonté et de passion en moins pour former dans nos propres clubs, pour leur assurer la base de joueurs nationaux qu'ils peuvent fournir. La Ligue ne souhaite en aucune façon supprimer les joueurs étrangers, simplement éviter de se retrouver avec des clubs qui fonctionneraient en majorité avec des joueurs étrangers. Que signifierait alors "le rugby français" , dont Pierre-Yves Revol souligne les "spécificités culturelles" qu'il souhaite préserver ?

C'est une intention louable, mais attention ...  : il faut vraiment assurer derrière dans les clubs en matière de recrutement et de formation, sinon ce fameux rugby français risque de se retrouver encre davantage à la traîne au plan international, avec des pays qui ne s'appliqueraient pas ce type de règles ... c'est le revers de la médaille, et il sera difficile de tenir le pari, il faut une volonté de tous, un travail en commun à tous les niveaux, Ligue ET Fédération, grands ET petits clubs, car les talents sont partout, et en rugby c'est même une tradition ...

... et c'est là que le bât blesse ...

Parce que le nouveau président de la Ligue est bien seul dans son combat ...
Il lui reste  à rallier la fédération sur un certain nombre de points ... et surtout il se heurte à la fronde des présidents des "grands clubs" (Toulouse, Toulon, Brive, Perpignan, Racing-Métro 92 récemment promu) notamment. Ils se sont d'ailleurs réunis hier soir, 6 mai, dans un grand restaurant parisien afin de mettre sur pied leur campagne de pression sur leurs instances dirigeantes.

Ceux-là, bien sûr, n'ont pas de problèmes d'argent. Il n'y a pas lieu de le leur reprocher, d'ailleurs, ils ont travaillé et investi pour, et il est naturel qu'ils soient dans une position plus favorisée que les autres.

Par contre, ils sont beaucoup moins intéressés par le côté "égalistariste" ou tendant vers l'égalitarisme entre les clubs prôné par le Président  de la Ligue nationale. Selon les propos du Président toulonnais Mourad Boudjellal, ils veulent bien "être pour la solidarité, mais pas pour l'égalitarisme".

Alors que la Ligue ne souhaite pas réduire le nombre des clubs du Top 14, eux verraient bien un championnat resserré à 12, voire même 10, reléguant le reste dans un autre monde du rugby, de façon à, dit-on dans ces clubs, "tirer le rugby français vers le haut" en se débarassant de ses éléments les moins performants.

Ces grands clubs-là souhaiteraient également forcer la main de la télévision, et en l'occurrence de Canal + qui diffuse le Top 14, afin qu'ils revoient à la hausse le montant des droits de retransmission, ce à quoi le président de la Ligue n'est pas favorable. Jacky Lorenzetti, président du Racing-Métro 92 ne s'en cache pas : la tentation en la matière est clairement affirmée d'aller vers un équilibrage des montants entre foot et rugby ... A ce compte-là, c'est la mort en Top 14 assurée pour les plus petits clubs ... question d'attractivité ... Rappelons tout de même que cet équilibrage, on en est loin : 670 millions par an pour le foot contre 30 pour le rugby ...

Pas facile de s'attaquer à l'argent quand il est déjà au pouvoir ... Dommage que personne dans le rugby n'ait freiné dès le départ cette inflation galopante par une vraie volonté de préserver des valeurs. Maintenant, difficile de retrouver ses petits et de contenter tout le monde ...

J'espère que l'entente sera possible entre les intérêts divergents pour que ce soit, in fine, le rugby français qui gagne.

Jeu 7 mai 2009 5 commentaires
dé-ma-go
qui trouve que ça commence à faire beaucoup - le 08/05/2009 à 18h48
Démago ? Revol ? ben non alors ! Parce que moi, dans ma ville de naissance, et même dans mon département de naissance tout entier, le rugby, c'est la vie, c'est la vie de la cité, c'est la vie des dimanche aprem, au stade, en Challenge Yves du Manoir, ou Jeu à XIII ... bien sûr, il n'y avait pas d'équipe en Top 14, mais l'âme de la région était rugby, et pas foot ... Et on tient tous à ce que ce monde-là perdure. Hier, un commentateur qui n'aime que le foot et pas le rugby a fait preuve de fair play et m'a livré une sortie de Serge Banco : "Le foot a quand même des aspects positifis : il fait figure d'exemple de ce que le rugby ne doit pas devenir". Et bien c'est puissamment vrai et j'espère bien que le rugby ne connaîtra pas les dérives du foot !
Je viens d'une région de rugby, j'ai toujours regardé le tournoi des 5 puis 6 nations, la coupe du monde, j'ai des autographes de joueurs très très vieux que j'ai depuis toute petite (Jean-Pierre Rives), et mon mari qui n'aime que le foot ne comprend pas ! mais supporte !
Emmanuelle Colombani - le 08/05/2009 à 19h07
désolee. Pour coller à mon image, j'ai juste regardé l'image et le titre du billet. tu causes trop, je lis pas, moi. Et je dis: Ma-nue, dé-ma-go. Pas revol. C'est qui çui-là, d'abord?
qui d'explique d'avoir ete trop laconique - le 08/05/2009 à 19h15
Je cause trop je cause trop ... Mais je fume pas et je bois pas ...! Et surtout je suis brune, moi ! Allez, t'es pardonnée !
EC
[Alex-Criquet, pas la peine de me souffler dans l'oreille que Sarko aussi ça fait deux ans, et que là encore on a perdu : JE LE SAIS !]

Ben tu pourrais dévelloper dans une chronique consacrée à cela, non ? Et dire en quoi VOUS avez perdu..Parce que là, c'est pas trop clair...
Yiddish Criquet - le 09/05/2009 à 11h13
bravo pour ton article (même si on y décerne ce petit côté "idéaliste-de-toute-façon-je-parle-dans-le-vide-bordel")

j'avais eu une idée que je vais bientôt soumettre sur mon blog (qui parle de foot à l'origine, mais bon)

Ca serait un top 16 "régionalisé" avec (pour résumer)
- moins de matchs
- plus de challenge
- moins de "Sud Ouest power" (j'ai rien contre, mais appeler "championnat de France" une ligue avec 10 équipes sur 14 du Sud ouest, eeeuh..)

En attendant, petit lien vers un article :) : http://footu.over-blog.com/article-31399637.html

++
footu.net - le 14/05/2009 à 18h10