Chroniques d'une citoyenne ordinaire
En
parcourant rapidement mon billet réédité sur l'identité nationale, qui date de mars 2007, dernière ligne
droite de la campagne présidentielle, j'ai été happée par une des dernières phrases ... "Je souhaite vivement que Nicolas Sarkozy revienne sur sa formulation, les
sondages ne dictant pas la loi à la politique. "
...Beaucoup est là, de ce qu'est devenue l'ère sarkozienne ...
Et hélas nous étions prévenus à l'avance de ce qu'elle serait ... comme bien souvent en matière d'évolution historique ...
Nicolas fonctionnait DEJA au sondage pendant sa campagne, et adaptait ses propositions aux goûts de la société de consommation, abaissant "le Politique" au rang de produit lessivier ou agro-alimentaire ...
Quand s'est produite la dissociation entre ses attaches pourtant profondément gauliennes et cette vampirisation par la dictature de l'opinion publique qui ruine totalement sa première caractéristique ...? je ne sais pas m'en souvenir ...
A priori, si je m'en rapporte aux faits, cette dissociation a toujours existé .... simplement la deuxième branche de l'alternative a depuis longtemps pris le pas sur la première ... à part peut-être en matière de politique internationale ...
Il ne s'agit que de réflexions que je me fais, pas de conclusions, parce que ça ne sert à rien de regretter un choix qui n'aurait pu être différent tant il m'aurait été impossible de voter pour Ségolène Royal (alors hein, my Yiddish conscience, pas la peine de venir m'aider à finir de manger mon chapeau, je ne l'ai pas encore entamé ;-)) ...
Mais quand même, j'ai envie de vous renvoyer aussi à ce texte, publié le 02 avril, juste avant le 1er tour de la présidentielle, qui résume tous les espoirs que j'avais fondés en ce candidat ...
ils peuvent pratiquement servir de bilan, de mes espoirs comme de ce qu'il en est advenu... tant l'homme avait décidément endossé des vêtements "légèrement" trop grands pour lui ...
Attention, c'est long ... Aïe, je sais, encore de la lecture ... !
Nicolas Sarkozy peut-il ramener la Vème République au Gaullisme ?
Il me paraît nécessaire tout d'abord de rappeler les fondamentaux du gaullisme, tant ils ont été éparpillés, déniés, refusés, ou bafoués par tous les successeurs du Général de Gaulle à la Présidence de la République.
Je pense nécessaire, surtout pour ceux qui, comme moi, n'ont pas connu de Gaulle, de s'étendre un peu sur ce que le gaullisme signifiait.
Quels sont ses fondamentaux ? On en retient traditionnellement deux, que l'on soit historien (Serge Bernstein par exemple) ou "Baron du Gaullisme" (comme Pierre Messmer). L'appellation peut parfois en varier, mais pas le fond :
- un Etat fort,
- au service de la grandeur de la nation française et de son indépendance.
D'aucun, notamment les "barons" y ajouteront le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes; j'aurais tendance à partager l'avis de nombre d'historiens : cet axe souvent mis en avant n'est peut-être que le reflet du pragmatisme gaullien qui amena le Général à soutenir parfois des thèmes étonnants, voire contradictoires, selon le propos qu'il entendait défendre ... Rappelons quand même qu'avant de devenir le tenant de ce droit des peuples à l'autodétermination, il fit fortement valoir son attachement à l'empire colonial français, à "l'Algérie française de Dunkerque à Tamanrasset", avec les conséquences que l'on connaît ...
Comment le Général de Gaulle met-il en pratique ces fondamentaux, que l'ont peut repérer en filigrane de toute son action depuis les années 40 jusqu'à son départ en 1969 ?
Dès la capitulation, il fait entendre que "La France a perdu une bataille; mais la France n'a pas perdu la guerre" : il installe à Londres ce qui deviendra peu à peu une autorité légitime dépositaire de la souveraineté nationale. Aux partisans du départ, militaires et administrateurs coloniaux de droite, il permet l'adjonction, par le poids de sa parole et de ses actes, des mouvements clandestins de résistance et la création du Conseil National de la Résistance, qui regroupe une majorité de membres de gauche. La volonté de la restauration de l'indépendance et de la grandeur de la France est là. Elle triomphera grâce aux partisans de l'intérieur et à l'inlassable ardeur du Général de Gaulle à convaincre les anglais et les américains de la nécessité de soutenir la résistance et de permettre la défaite allemande par les débarquements.
Dès l'immédiat après-guerre, il pense prendre le pouvoir au moyen de son referendum de 1945 et de la mise en place d'une assemblée constituante ... c'est d'elle que viendra l'échec : les partis prennent le dessus et il démissionne du gouvernement provisoire le 20 janvier 1946.
Le 19 juin 1946, dans son célèbre "Discours de Bayeux", il fait émerger son projet pour la France : une constitution mettant en place la séparation des pouvoirs et un "arbitrage national (...) au-dessus des contingences politiques", soit un Président de la République élu par un collège de notables et de représentants de l'Union française, collège au sein duquel il choisira son gouvernement. Le Parlement se verra dévolu uniquement le vote des lois et le vote du budget. Cette vision demeurera peu ou prou celle qui présidera à la naissance de la Vè République. Celle-ci évoluera par la suite avec la suppression de ce collège qui, avec la décolonisation, ne signifiait plus rien.
Il comprend la nécessité de relayer sa volonté au plan politique par la création d'une formation. Ce sera le RPF, créé en avril 1947.
Les valeurs défendues par le RPF sont le reflet de la diversité de ceux qui le composent, diversité permise notamment par la proximité temporelle avec la guerre, qui permet un rassemblement, une unité, qui deviendront de plus en plus difficiles à mesure que la guerre s'éloigne :
- à droite, on trouve les tenants de mesures économiques, financières et monétaires;
- les nationalistes trouvent leur compte dans la volonté de faire valoir la défense de la France et de protéger notre empire colonial;
- les chrétiens démocrates, les radicaux, se retrouveront dans ce qui je pense est plus qu'un avatar du pragmatisme parfois itinérant de de Gaulle, cette "troisième voie sociale" qu'il ne saura pas suffisamment soutenir, c'est vrai, sur la fin de son mandat (mais l'usure, physique comme celle du pouvoir en est pour moi la cause) : sa volonté de substituer au concept de lutte des classes celui d'association du capital et du travail, cette volonté de faire participer les salariés (mis pour la première fois en oeuvre en France en 2005 avec la loi sur la Société européenne - travaux de thèse de JL Colombani).
L'insurrection algéroise ramène de Gaulle au pouvoir. Il met en place la constitution de la Vè République : elle consacre un Président de la République fort, détenteur de la possibilité d'exercer des pouvoirs d'exception encadrés -et non davantage, ce qui ne fait pas de de Gaulle un dictateur !- (art. 16 par exemple en cas de menace grave pour l'intégrité de la nation), et un parlement bicaméral, dont l'Assemblée nationale a le devoir d'adouber le gouvernement issu de sa majorité et nommé par le Président, et la possibilité de le sanctionner (art. 49.2, motion de censure). Comme de son côté, le gouvernement a la possibilité de limiter le débat parlementaire par des procédures d'exception (art. 49.3, procédure de vote bloqué), de Gaulle pensait créer là, alors que ce régime était étrange, mi-présidentiel, mi-parlementaire, un certain équilibre qui mettrait le pays à l'abri ET de la politique des partis qui avait prévalu pendant les IIIè et IVè République et avaient montré son insuffisance et l'immobilisme auquel elle menait, ET d'un Président qui voudrait s'autoproclamer "souverain absolu".
Il renforce le pouvoir présidentiel en 1962 avec le referendum sur l'élection du Président au suffrage universel direct. Ce qui pour moi est réellement l'empreinte de de Gaulle sur ces institutions, et que lui seul a mis en oeuvre, c'est la pratique qu'il y a associé : le referendum et les conséquences qu'il en tirait; son propre mandat était mis dans la balance, en cas d'échec, il se retirait. C'était pour moi la marque que la Vè République sous de Gaulle était un régime authentiquement démocratique, et non comme nombre de ses détracteurs ont voulu le laisser croire, un régime laissant la possibilité d'instituer un pouvoir personnel sans limite. La limite était populaire, démocratique dans son essence-même : elle procédait du peuple en personne.
Le régime qu'il a mis en place en 1958 ne peut fonctionner dans son esprit qu'avec une majorité qui place véritablement le parlement en état de subordination par rapport au pouvoir exécutif. C'est pourquoi il est nécessaire de disposer d'un grand parti politique. Il créé en 1958 l'UNR, qui deviendra en 1968 l'UDR.
L'Etat fort est là, dans cette machine qui combine des institutions à son service et un engin de guerre politique qui lui permettra d'aboutir. Au plan économique, il bénéficie des "trente glorieuses", la situation est bonne, la croissance est au rendez-vous. Cela laisse à de Gaulle la possibilité de mener à bien son deuxième but fondamental : la grandeur et l'indépendance de la France. Là encore, il le dispute aux américains, dans cette relation ambivalente qui a toujours existé entre eux : la reconnaissance de la participation décisive à l'oeuvre libératrice, et la volonté de ne rien se laisser dicter par les Etats-Unis et de les égaler voire de les surpasser sur tous les points de leur réussite.
C'est ainsi qu'il tentera de prendre du terrain sur eux chaque fois qu'il le pourra : sortie de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, projet Concorde, mise au point de futurs ordinateurs (plan Calcul), surveillance des investissements étrangers, notamment américains en France, reconnaissance de la Chine Populaire, visites cordiales en URSS et dans ses pays satellites, visites au Mexique et en Amérique latine, soutien à la souveraineté québecoise, dénonciation de l'invasion américaine au Vietnam, condamnation de la Guerre des Six Jours ...
L'histoire européenne lui permet de rêver d'une Europe conduite par la France et par l'Allemagne, les deux moteurs économiques et financiers du continent; il était un peu trop en avance sur son temps ... cet axe franco-allemand viendra un peu plus tard, mais peut-être sa volonté première l'a-t-elle initié.
Après l'échec de son dernier referendum, conformément à ce qu'il avait promis, il quitte le pouvoir, cette fois sans espoir de retour, il avait déjà 79 ans. C'était un homme âgé, usé par peu ou prou 30 ans de pouvoir, qui n'était certainement plus en phase avec l'évolution de la société.
Pompidou, son ancien premier ministre jusqu'en 68, prend naturellement sa place. Est-il pour autant l'héritier du gaullisme ? NON.
Il est le premier à avoir perverti le gaullisme et à l'avoir fait dévier de ce vers quoi il aurait dû évoluer.
Un homme pouvait relever le défi du néo-gaullisme : Jacques Chaban-Delmas. Il en avait la légitimité à plusieurs titres: d'une part ses titres de guerre, il est le plus jeune Général nommé depuis le Premier Empire, c'est un Compagnon de la Libération. Son prestige militaire le pose en héritier naturel du Général de Gaulle. De plus, il est le tenant de cette "troisième voie sociale", par le biais de la "Nouvelle Société" qu'il entend promouvoir : elle me semble en effet être la droite ligne de ce qu'aurait pu souhaiter Charles de Gaulle s'il avait eu le même âge, soit 25 ans de moins. Chaban souhaite promouvoir un gaullisme social, ouvert au centre et à gauche, prônant la nécessité de faire bénéficier les salariés des fruits de la croissance, tout comme de Gaulle.
Hélas, Pompidou est Président de la République, Chaban premier ministre. Le premier destitue le second, obéissant à un parti qui, sentant les rênes du pouvoir échapper à son détenteur (certes Pompidou est déjà gravement malade, mais même en bonne santé, aurait-il mieux déféndu l'héritage ? ...), demande la tête de celui qui entend empêcher les financiers de financer en paix ... Si Chaban s'était présenté aux présidentielles de 1969, il aurait été élu, et la face de la France en aurait été changée, assurément.
Ceux qui viendront ensuite ne cesseront de se désintéresser de l'héritage gaullien ou de le fouler aux pieds ...
Giscard parce qu'il était un libéral, et non un gaulliste.
Mitterrand parce qu'il était socialiste, et qu'il a, le premier, tordu nos institutions et leur esprit, à défaut de leur lettre (et c'est là le principal défaut de notre texte consitutionnel, celui d'être tellement adapté à son créateur qu'il était difficile d'en trouver repreneur). Je ne considèrerai jamais François Mitterrand comme un homme d'Etat responsable, car le premier des courages qu'il aurait dû avoir en arrivant au pouvoir en 1981 aurait été d'entamer une réforme constitutionnelle pour passer à la VIè République, lui qui avait tant villipendé la Vè et qui la considérait comme un instrument de pouvoir aux mains d'un dictateur. Au plus tard en 1986, au moment de la première cohabitation, il devait démissionner, conformément à l'esprit de nos institutions. Ou bien modifier la constitution. Ce courage-là, il ne l'aura pas eu.
Non plus que Jacques Chirac, qui, parce qu'il a hérité du parti, est certainement celui à qui il sera le plus reproché en matière de trahison de l'esprit gaulliste. J'ai déjà dit dans un autre article que je ne le considérais pas comme un homme d'Etat,(http://www.chroniques-d-une-citoyenne-ordi.com/archive-03-20-2007.html), je n'y reviendrai pas. Il transforme en 1976, après sa rupture avec Giscard, l'UDR en RPR et en fait sa machine à conquérir le pouvoir. Ce n'est pourtant pas elle seule qui le lui permettra, les socialistes et leurs insuffisances politiques, économiques et sociales l'y aideront tout autant. Le gaullisme sera représenté désormais par Chirac, ses errements, ses échecs. Lui également aurait dû, plus encore que Mitterrand, démissionner en 1997, et ne pas laisser la France s'enferrer dans une troisième cohabitation qui met la France, après les deux autres, dans la position où elle se trouve maintenant: à l'opposé de la place que lui souhaitait de Gaulle, alors qu'elle en avait tous les atouts. Réélu dans les conditions que l'on connaît en 2002, Chirac bafouera le gaullisme une dernière fois : loin d'y voir là un choc de nature à créer un mouvement d'unité, de rassemblement, comparable à celui qu'avait constitué, même dans une moindre mesure, la seconde guerre mondiale, et qui avait permis, rassemblant toutes les forces politiques en présence, d'initier, dans la mise en oeuvre notamment du programme du Conseil National de la Résistance, les grandes réformes de de Gaulle, Chirac s'éloigne encore davantage de son héritage; il aurait pu, il aurait dû, essayer d'adopter enfin une posture gaullienne (mais la similitude de taille ne permet pas toujours d'endosser des habits moraux qui seront toujours trop grands pour lui), et proposer au peuple de droite comme de gauche qui venait de l'élire avec 82% des voix, un gouvernement d'ouverture. Il aurait pu, il aurait dû, tenter une ultime réconciliation, car s'il est vrai que la situation géopolitique n'est pas celle de la guerre, la situation économique et sociale dans laquelle se trouve notre pays méritait un sursaut d'unité pour oeuvrer pour le bien commun. Je ne sais ce qu'il serait advenu de cette aventure, car aurions-nous trouvé les hommes susceptibles d'en assumer les responsabilités, à droite comme à gauche, mais je ne pense pas qu'à part par les extrêmes, cela lui aurait été reproché. Au lieu de cela, il a créé un grand parti de droite, renvoyant près de 50% du peuple français dans ses foyers. Heureusement, ce parti victorieux aux législatives lui aura permis de mener à bien deux grandes réformes que personne n'avait eu le courage de mettre en oeuvre auparavant. Mais il y aura été poussé davantage par les économistes et les politiques responsables qui le pressaient de remédier enfin aux problèmes gravissimes devant lesquels se trouvait le pays, comme par par ses partenaires européens qui faisaient de même chez eux, que par un courage politique qui lui aura souvent fait défaut. Seuls actes à porter à son crédit en matière de respectde la pensée gaullienne : sa politique étrangère, même si le fait qu'elle n'ait pas été couplée d'une politique ferme et responsable au plan intérieur a diminué l'influence française. Le discours de Villepin à la tribune de l'ONU au sujet de la guerre en Irak en est l'illustration ... et encore était-ce Villepin et sa flamboyance, et non Chirac lui-même.
Pour beaucoup d'historiens, dont Serge Bernstein, l'histoire du gaullisme s'est arrêtée en 2002, au moment de la création de l'UMP. Ils considèrent aussi que les conditions qui avaient permis l'avènement du gaullisme n'existent plus, qu'il était daté historiquement, et que la mondialisation comme l'intégration européenne sont incompatibles avec lui.
Devant l'incapacité de tous ceux qui se sont succédés comme héritiers du gaullisme à en faire vivre l'esprit, j'avais fini par penser de même, par me résigner. Le gaullisme était mort avec de Gaulle, comme le bonapartisme avec Bonaparte.
Pourtant, quand on en revient aux fondamentaux du gaullisme, qu'y aurait-il de mort en eux ? En quoi la nécessité d'un Etat fort devant permettre la grandeur de la France et l'affirmation de sa souveraineté étaient-ils des principes rendus caduques ?
Je pense qu'une réelle fidélité aux idées du Général de Gaulle, aux valeurs premières qui étaient les siennes, n'est pas en contradiction avec ce qu'est la France d'aujourd'hui, muticulturelle et ouverte, économiquement, monétairement et financièrement intégrée à l'Europe et vivant dans un univers d'échanges, quels qu'ils soient, mondialisés.
Et cette adéquation des valeurs gaulliennes avec des principes politiques de nature à laisser espérer une amélioration de la situation de notre pays, elle est pour moi représentée par Nicolas Sarkozy.
Sa référence, dans les toutes premières minutes de son discours d'investiture du 14 janvier dernier, à la mémoire de Jacques Chaban-Delmas, à qui il rend hommage juste après avoir évoqué de Gaulle, en est un indice.
Que dit-il : "Je
veux rendre hommage à Jacques Chaban-Delmas, général de la résistance à 29 ans, au rêve si beau, si prémonitoire, de la Nouvelle Société. (...) Eux, ce sont les héros de la Résistance et de
la France Libre, ces hommes avec lesquels j'ai fait mes premiers pas en politique, ces hommes qui venaient d'une époque où la politique s'était confondue avec le patriotisme et l'épopée. Ils
avaient maintenu l'honneur de la France. Ils l'avaient reconstruite, ils l'avaient réconciliée avec l'Allemagne. Ils avaient fait l'Europe, fondé la Vème République. Ils avaient toujours été en
avance sur leur temps. Il m’ont appris, parce qu'ils le savaient mieux que quiconque, ce qu'était le gaullisme : non une doctrine que le Général de Gaulle n'avait jamais voulu mais une exigence
morale, l'exercice du pouvoir comme un don de soi, la conviction que la France n’est forte que lorsqu’elle est rassemblée, la certitude que rien n'est jamais perdu tant que la flamme de la
résistance continue de brûler dans le cœur d’un seul homme, le refus du renoncement, la rupture avec les idées reçues et l’ordre établi quand ils entraînent la France vers le
déclin."
On fait beaucoup grief à Nicolas Sarkozy de prendre comme référence des hommes "de gauche" : Jaurès, Blum, Bloch, Salengro ... Ces hommes-là n'ont-ils parlé, n'ont-ils oeuvré, que pour le peuple de gauche ? Le Front populaire était-il réservé à la gauche ? la bipolarisation droite-gauche signifiait-elle la même chose que maintenant ? Mon grand-père votait pour le Front populaire en 36, cela l'empêcha-t-il de voter de Gaulle et pour ses fils UDR élus de la République ? Etait-il schyzophrène ? La démarcation droite-gauche avant la guerre signifiait-elle autre chose que riches-pauvres, à part pour les communistes adhérant à la doctrine marxiste ? Et est-il possible de prétendre aujourd'hui qu'une telle définition est toujours acceptable ? Si oui, alors Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande et Ségolène Royal sont de droite. Le vichysme a définitivement enterré ce qu'aurait pu être une droite "présentable", une droite démocrate chrétienne comme elle a existé dans d'autres pays. Il a connoté la droite de telle manière qu'être de droite, après, et devenu suspect, presqu'une faute morale. Le gaullisme au moment de sa création, a été rassembleur (n'oublions pas les ministres communistes après la guerre), il est peu à peu devenu une idéologie de droite, alors qu'il aurait dû évoluer en théorie de rassemblement social démocrate ouvert à gauche. Je refuse que la gauche s'approprie seule l'héritage de Jaurès, de Blum, de Bloch, de Salengro, comme je refuse qu'on l'empêche de se référer aux valeurs du gaullisme. Tout ce qui a permis le progrès, social, économique, démocratique, doit être universel.
La France a changé, en quarante ans. Elle est devenue multiculturelle, elle a subi des évolutions sociétales, comme tous les autres pays démocratiques, qui étaient difficilement appréhendables par un homme né en 1890. Elle a subi des crises économiques, énergétiques. Elle a accueilli des populations pauvres. Les crises ont créé des inégalités sociales. Le chômage a crû de façon forte.
Qu'est-ce qu'un Etat fort, de nos jours, au service d'une France forte et indépendante ? En quoi trouvé-je des réponses à ces questions dans le discours de Nicolas Sarkozy ?
Sa volonté de maintenir la sécurité et la paix sociale en sein même de la République sont mis en exergue, parce qu'il a été Ministre de l'Intéieur. C'est pourquoi je l'évoquerai en premier. Ce n'est pas pour moi le plus important. Toutefois la grandeur d'une République commence dans le respect que ses administrés en ont, et de ses représentants, pour autant qu'ils soient respectables.
Mettre fin à l'impuissance publique et conduire une démocratie irréprochable : mettre l'Etat et ses moyens au service du peuple français, dans un mécanisme d'action et non d'immobilisme ou d'attentisme, ou de position; veiller à demeurer honnête et à faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait : ces principes sont fondamentalement gaullistes.
Tout ce qui peut permettre de restaurer la situation économique et sociale de la France, dans un souci de rigueur et de gestion de "père de famille" : baisse du chômage; réhabilitation de la valeur travail; augmentation du pouvoir d'achat; permettre aux français d'être propriétaires de leur logement; veiller à ce que l'école garantisse la réussite des élèves à être éduqués et à trouver un emploi correspondant à leurs capacités et à leurs désirs; développer l'enseignement supérieur et la recherche; oeuvrer pour sortir les quartiers difficiles de la violence et de la relégation; transmettre les repères de l'autorité, du respect et du mérite : toutes ces valeurs sont fondamentalement gaullistes. Le gaullisme a évolué avec la société, mais les fondements sont identiques.
Maîtriser l'immigration et permettre l'intégration en instituant le respect des valeurs républicaines et de l'identité nationale : qui oserait dire que l'identité nationale est étrangère à de Gaulle et qu'elle ne peut être rassembleuse ? Lui qui a su rassembler des militaires ou des coloniaux d'extrême droite et des communistes ? Lui qui a nommé ministre de la République Félix Houphouet-Boigny, élu communiste de Côte d'Ivoire bien avant son indépendance ? Conduire une politique de co-développement large et surveillée, n'est-ce pas l'évolution responsable du principe de l'autodétermination des peuples ? Ces peuples, pour beaucoup d'entre ceux dont nous parlons en France (Afrique du Nord, Afrique noire) ont déjà conquis leur indépendance politique vis-à-vis de la France ou des autres ex-puissances coloniales. Ont-ils pour autant conquis la liberté ? Les conditions dans lesquelles ils vivent chez eux, en état de sous-développement, sont-elles de nature à assurer la liberté pleine et entière ? Assurément non. Notre devoir est de permettre à ceux qui le souhaitent vraiment de s'expatrier et de s'installer dans n'importe quel pays de leur désir, ainsi que nous le faisons, nous. Mais est-ce cela dont nous parlons en matière d'immigration actuellement en France ? Non. C'est une immigration non choisie par les migrants, imposée par des conditions politiques internes et/ou économiques, sociales, médicales, inhumaines, qui les poussent vers nos frontières ... Notre devoir est, par des mesures de co-développement, de permettre à ces populations de ne plus tout quitter, souvent sans espoir de retour, pour se presser vers un eldorado qui se révèle souvent être uniquement l'assurance de ne pas mourir de faim ... Ce combat-là est éminemment gaullien, et j'espère que Nicolas Sarkozy sera à la hauteur pour le mener et le gagner.
C'est le principal défi que je lui lance, car c'est, avec celui de la lutte contre le chômage, le défi de la dignité.
Et pour ce qui est de la place de la France et de l'affirmation de sa souveraineté, il n'est qu'à écouter les propositions de Nicolas Sarkozy : faire en sorte que la France permette que l'Europe prenne en compte la mondialisation mais sans en subir les effets pervers, en s'en protégeant; ne pas permettre aux Etats-Unis d'obtenir des dérogations de l'OMC leur permettant de bloquer ou de surtaxer nos exportations, alors que nous-mêmes n'obtenons pas de contrepartie; ne pas permettre qu'une entreprise canadienne, même si elle s'engage à créer des emplois européens, puisse remporter un marché en France, pour une société nationale, alors même que la France n'est pas autorisée à soumissionner sur les mêmes marchés au Canada (les trains Bombardiers achetés par la SNCF au détriment d'Alsthom); ne pas accepter que les Etats-Unis puissent aider leurs PME ou leurs entreprises par les commandes publiques alors que cela nous est interdit en Europe, au prétexte de la libre concurrence. Si l'Europe ne conquiert plus la confiance des français, il y a aussi des raisons, et de l'ordre à remettre dans son fonctionnement. La France doit faire entendre sa voix de façon unique (un Président fort suivi par une majorité forte, si possible rassemblée) et claire (pas de cohabitation), de façon à être respectée et à pouvoir espérer, la situation économique s'améliorant, redevenir un moteur de l'action européenne.
Veiller à ce que la France soit un élément moteur du développement durable, ainsi que nous le sommes déjà, grâce au nucléaire civil notammen, et intensifier nos efforts en ce sens, n'est pas incompatible avec le gaullisme, même si c'est nouveau. De Gaulle n'a jamais prôné le chaos autour de la France pour permettre à la France de prospérer.
Toutes ces raisons me font reconnaître en Nicolas Sarkozy un héritier possible du gaullisme.
C'est grâce à cela que pour la première fois de ma vie à une élection présidentielle, à 42 ans, je voterai le 22 avril POUR un candidat, et non CONTRE un autre.
Rien que pour cela, l'homme me paraîtrait presque providentiel.
Par contre je mesure bien, et lui aussi je pense, car il en parle toujours avec une gravité humaine qui détonne avec l'attitude parfois brusque ou emportée qu'on lui connaît, quelle est l'ampleur du défi à relever et le revers de la médaille s'il venait à échouer.
Il ne se voit pas de longévité en politique: il a certainement raison. S'il échoue pour n'avoir pas mis en pratique son discours, quelles qu'en soient les raisons, il est un homme mort, politiquement, et il saura, comme de Gaulle en tirer les conséquences. S'il réussit, il sera usé et aura à coeur de léguer un nouvel héritage à qui saura le faire vivre.
Pour terminer quelques éléments de discours :
"Je veux convaincre les Français qu’une politique autre que celle du
renoncement est possible."
"Où mieux parler du refus du renoncement qu’ici à Lille, dans la ville où est né l’homme du 18 juin qui au milieu de la débâcle a refusé d’admettre que la guerre était perdue et qu’elle était
finie ?"
"Si vous êtes là si nombreux ce soir, si ardents, si mobilisés, c’est parce que vous avez le pressentiment de ce qui se passe dans cette élection. C’est parce qu’au fond de vous-mêmes vous
partagez la même conviction que moi que l’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous allons dire « non » une fois encore dans notre histoire comme l’ont toujours fait ceux qui croyaient
encore à la liberté de choisir leur destin face à ceux qui leur répétaient qu’ils n’avaient pas le choix."
"En disant non à la pensée unique, en disant non à tous ceux qui prétendent penser à la place des Français, qui prétendent décider pour tous les autres, qui prétendent tout savoir, qui ne cessent
de se tromper sans pouvoir se remettre en cause, qui ne cessent d’échouer mais qui préfèrent imputer leurs échecs aux autres, en leur disant « non » nous disons oui à l’avenir, oui à une autre
politique, nous disons oui au changement dont notre pays a besoin. "
Lui, c'est MattRach,
vous savez que je suis fan de ce jeune valenciennois (même s'il faudrait qu'il fôsse quelque chose pour son accent, lô, pôrce que déjô, son anglais est pas terrible, mais ôlors, son parler, çô
d'vient dur heinnnnn ... ;-)), talentueux guitariste, en devenir certes, mais prometteur ...
Il est toujours un peu trop linéaire dans ses créations, il s'en tient essentiellement à un seul thème musical, qu'il a tendance à répéter sempiternellement, il ne le développe pas, ou pas assez
... Je crains que ce ne soit à long terme réducteur pour les oreilles d'un public qui ne sera pas nécessairement toujours fasciné par son habilité sur un manche, et qui voudra ressentir davantage
l'émotion que la virtuosité ... Mais bon, il a 18 ans, il n'est pas interdit de penser qu'il va évoluer, et correctement, surtout s'il est bien entouré ! A mon avis un bon professionnel de
l'arrangement et de la composition qui viendrait le rejoindre, ce ne serait pas de trop ...
Malgré tout, il continue son petit bonhomme de chemin, et va bientôt sortir son premier double album, sous le label "spidart", entreprise française s'il vous plaît, qu'il a choisie lui-même.
Il sort régulièrement de nouveaux titres, qu'on peut toujours acheter sur iTunes et dont on peut télécharger les vidéos. Il n'a pas changé son concept : c'est toujours tourné dans sa chambre ...
! sauf que maintenant ils sont 4 ou 5 ... alors sa chambre devient un peu petite, on a parfois un peu peur qu'ils se cognent la tête au plafond mansardé quand ils sautent ... !
Deux vidéos, celle de son dernier titre, "Come in", et une qui vaut pour son live, qui commence à peu près à 1 mn 10 (ce qui précède n'est plus d'actualité, la date limite étant dépassée, il
proposait aux internautes de choisir un des titres de son futur album). MattRach en live, ça dégage, quand même ... !