Chroniques d'une citoyenne ordinaire

Dans mon précédent billet du jour, je rappelais les principes de base de notre Vè République, ce qui faisait du Gaullisme une véritable marque démocratique.
Le problème aujourd'hui, c'est la pratique qui en est faite par Nicolas Sarkozy. Et il met en oeuvre cette pratique parce que les institutions le lui permettent. Contrairement à ce que croyaient certains de ses détracteurs quand ils pensaient qu'elle était la porte ouverte à l'exercice sans limite d'un pouvoir personnel, la Vè République contient beaucoup plus de "peut" que de "doit", et en cela, laisse une marge de manoeuvre immense à ceux qui l'appliquent, ce qui a d'ailleurs permis son extrême longévité, et son adaptation à des configurations politiques que, sans doute, Michel Debré n'avait pas imaginées.
 
Ce qui, pour moi, pervertit la Vè dans la mise en oeuvre qui en est faite, est tout simple : on n'applique plus ce qui allait de pair avec la notion de démocratie, et qui servait de contre-poids obligatoire à la notion même de pouvoir personnel : LA SANCTION POPULAIRE.
Dans l'esprit Gaullien, le pouvoir présidentiel connaissait une limite imparable, qui amena d'ailleurs le Général à démissionner, une limite populaire, par la voie du REFERENDUM.

Cette limite était démocratique par essence, puisqu'elle procédait du peuple lui-même.

De Gaulle était peut-être un "apprenti dictateur" (!) mais en tous cas, il n'était pas un tricheur : le peuple avait voix au chapitre EN TOUT. Pour faire comme pour défaire.

C'est là notamment que l'essence même du Gaullisme est pervertie par Nicolas Sarkozy, par sa pratique des institutions tout au moins.

Il joue sur les cordes populaires, voire "populassières", il prend le peuple à témoin, le fourre dans toutes les causes, à grands renforts de petites phrases, de sous-entendus ... 

Il tente de se mettre le peuple dans la poche en parlant popu, en se conduisant à son niveau, en présentant sa fonction comme le dernier garde-fou populaire contre les hordes de partisans (nécessairement incompétents voire corrompus par leur seule ambition : se faire réélire), des grands administrateurs et des autres européanisants de tous poils ... 
Mais il triche avec les règles de la Vè République : pas de referendum, chez Sarkozy ! 
Le beurre, l'argent du beurre, et le cul de la crémière, oui !  Zéro risque ! c'est le casino où on gagne tout le temps, la Vè de Sarkozy ! 
Il repousse l'heure des comptes aux prochaines échéances, et bien sûr, comme ce n'est pas lui qui sera sur la sellette à ce moment-là ce n'est pas lui qu'on sanctionnera, mais tous les vilains, là, en-dessous, qui ne font rien qu'à l'embêter ...

La dictature des sondages, l'écoute du peuple, ça va bien un moment, mais encore faut-il d'une part garder une ligne constante, ce qui est loin d'être le cas, et surtout, surtout, accepter les règles du referendum. 

Le Gaullisme, c'est cela. 
Pardon, le Gaullisme, C'ETAIT cela. 
Dim 8 nov 2009 5 commentaires
A ceci près que le recours gaullien au référendum était tout aussi démagogique que l'usage des sondages. Chez de Gaulle, faire un référendum était une façon de dire à ses détracteurs "vous m'aimez pas, ben regardez comme j'ai raison !" et quand il a perdu "vous m'aimez pas, ben j'me casse et c'est bien fait pour votre gueule" qui était particulièrement méprisant.
"...en présentant sa fonction comme le dernier garde-fou populaire contre les hordes de partisans [...] et autres européanisants de tout poil." C'est marrant, je trouve que ça correspondait aussi très bien à l'esprit du Général ! "C'est moi ou le chaos" et "Les Français sont des veaux", entre autres.
Ensuite, pour ce qui est de la sanction populaire, on la voit régulièrement, et si ce n'est à travers le référendum, c'est à travers les élections régulières, qui ne le sanctionnent pas tant, cf. le résultat des européennes.
Enfin, pourquoi se plaindre de la pratique de la Constitution par Sarkozy, puisqu'elle est dans les limites de celle-ci ? On peut se plaindre de sa façon de faire qui n'est pas top prestige effectivement (mais ça, c'est sa marque de fabrique, et c'est comme ça qu'il s'est fait élire, on change pas une équipe qui gagne), mais sur un plan politique. Et Sarkozy n'est pas gaulliste, il ne s'est jamais revendiqué comme tel. Surtout sur la question du référendum, où le dernier gaulliste était de Gaulle.
Killcow - le 08/11/2009 à 18h33
Killcow, chacun son point de vue ... je ne vais pas forcément chercher à convaincre un jeune socialiste (vaguement socialiste, quoi ;)). Mais une chose est certaine, dans les institutions de la Vè, il y avait un esprit du gaullisme. Il a disparu. 
EC - le 09/11/2009 à 07h08
Tout sur de Gaulle, tout sur le gaullisme : www.gaullisme.fr
Alain KERHERVE - le 09/11/2009 à 07h12
Nicolas Sarkozy est un libéral, voir même un ultra libéral, il a toujours dit apprécier son surnom de Sarkozy l'américain, dit aussi qu'il faudrait faire du Tatchérisme en france, dit apprécier bush etc.....
Sarkozy n'a rien a voir avec le Gaulisme c'est tellement évident, ne serait ce que son besoin d'augmenter son salaire des qu'il arrive au gouvernement, alors que De Gaulle payer de sa poche ses timbres .
Artatum - le 09/11/2009 à 14h21
Je me garderai bien de comparer ce qui n'est pas comparable, les époques ont changé, les hommes aussi, et ce n'est pas de son augmentation de salaire que je tirerai que Sarkozy n'est pas gaulliste, ce serait terriblement réducteur.
Non plus que du fait qu'il ait ramené la France dans l'organisation militaire intégrée de l'Otan. De Gaulle était pragmatique; quand il a décidé le retrait de l'Otan, cela correspondait à des circonstances bien précises, et à une place que la France entendait occuper; les circonstances étant autres, je ne désapprouve pas la décision prise par Sarkozy.

Sur le reste, chacun son avis, n'est-ce pas ... Sarkozy étant le fondateur du parti qui a succédé au parti dit "gaulliste" ... 
EC - le 09/11/2009 à 19h00